Mercredi, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le député Arthur Delaporte (Parti socialiste) a interpellé le ministre de l’Intérieur au sujet de Xenia Fedorova, chroniqueuse régulière de la chaîne CNews, qu’il a qualifiée de « propagandiste russe ». La séquence, diffusée en direct, a été brutalement interrompue par la direction de la chaîne, propriété du groupe Bolloré, suscitant une vive polémique politique.
Cette intervention parlementaire s’inscrit dans le sillage des récentes demandes de sanctions européennes contre Xenia Fedorova. Le ministre des Affaires étrangères avait déjà dénoncé publiquement la chroniqueuse comme une « propagandiste patentée », quelques jours auparavant. Plusieurs voix se sont élevées pour réclamer son exclusion des antennes françaises, estimant que ses prises de position relèvent d’une ingérence étrangère.
Un précédent diplomatique La question d’Arthur Delaporte visait à obtenir du gouvernement une évaluation juridique sur la compatibilité de la présence de Mme Fedorova avec les règles encadrant les médias audiovisuels. Le député a notamment évoqué la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, qui interdit toute propagande étrangère sur les chaînes françaises. Le ministre de l’Intérieur, sans répondre directement sur le fond, a indiqué que le dossier était suivi par les services compétents.
CNews, de son côté, n’a pas commenté officiellement l’interruption de l’émission. Des sources internes citées par plusieurs observateurs évoquent une « décision technique » liée à un problème de liaison, mais cette explication est jugée peu crédible par les détracteurs de la chaîne, qui y voient une tentative de museler un débat jugé gênant.
Réactions politiques L’incident a provoqué des réactions contrastées. Plusieurs élus de gauche ont dénoncé une atteinte à la liberté d’expression parlementaire, tandis que des figures de la majorité présidentielle ont appelé à ne pas « surinterpréter » un incident technique. Au Parlement européen, certains eurodéputés ont relancé l’idée d’une résolution pour demander à la France de clarifier le statut des chroniqueurs étrangers.
La question des sanctions européennes reste en suspens. Bruxelles n’a pas officiellement réagi à la nouvelle, mais des sources diplomatiques indiquent que le cas Fedorova figure désormais à l’ordre du jour informel des discussions entre les Vingt-Sept sur les mesures de lutte contre la désinformation.
Une figure controversée Xenia Fedorova, journaliste et militante d’origine russe, intervient régulièrement dans les matinales de CNews depuis plusieurs mois. Ses commentaires favorables à la politique étrangère du Kremlin lui ont valu d’être qualifiée de « relais de propagande » par plusieurs organisations de défense des droits humains. Elle se défend en affirmant exercer son droit à exprimer ses opinions dans le cadre du pluralisme médiatique français.
L’affaire intervient dans un climat de tension diplomatique accru entre la France et la Russie, notamment depuis le début du conflit en Ukraine. Plusieurs ONG ont salué l’initiative du député Delaporte, y voyant une première étape vers une régulation plus stricte des contenus pro-russes dans les médias français.