Un groupe de parlementaires européens a officiellement saisi les instances de l'Union européenne pour réclamer l'adoption de sanctions individuelles contre Xenia Fedorova. Cette figure médiatique, chroniqueuse régulière des antennes du groupe Bolloré et ancienne patronne de la chaîne russe RT en France, est accusée de diffuser systématiquement des discours favorables au Kremlin, en particulier lors de ses interventions sur le conflit ukrainien.

Cette initiative intervient dans le sillage de vives tensions diplomatiques. Le ministre français des Affaires étrangères avait publiquement dénoncé la chroniqueuse en la qualifiant de « propagandiste patentée », une déclaration qui avait déjà suscité un large débat sur la présence de voix pro-russes dans les médias français. Les eurodéputés plaident désormais pour une escalade au niveau communautaire.

Accusations de relais systématique de la propagande russe

Selon les informations recueillies auprès de sources parlementaires, la demande de sanctions vise à interdire à Xenia Fedorova l'accès au territoire de l'Union européenne et à geler ses éventuels avoirs sur le sol communautaire. Les signataires estiment que ses interventions à l'antenne constituent une participation active à la désinformation orchestrée par Moscou. Ils soulignent son rôle passé à la tête de RT France, une chaîne décrite par les autorités européennes comme un outil de propagande du Kremlin, et dont la diffusion a été suspendue dans l'UE peu après le début de l'invasion de l'Ukraine.

« Ses chroniques reprennent mot pour mot les arguments du Kremlin, sans aucune distance critique », affirment les parlementaires dans leur courrier adressé au Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères. Ils rappellent que la désinformation figure parmi les menaces identifiées par la boussole stratégique européenne, et que des mesures restrictives existent déjà contre plusieurs médias et personnalités russes.

Une polémique qui s'étend au-delà des frontières françaises

La controverse autour de Xenia Fedorova avait éclaté après des déclarations particulièrement hostiles à l'égard de la politique étrangère française. Dans ses chroniques, elle avait notamment justifié l'invasion russe et critiqué le soutien militaire occidental à Kiev. Le ministre des Affaires étrangères avait alors réagi fermement depuis l'étranger, dénonçant une « propagandiste patentée » et appelant les médias à ne pas donner une tribune à des voix complices du Kremlin.

Son employeur, le groupe Bolloré, n'a pas commenté la demande de sanctions européennes. Le groupe, souvent critiqué pour sa ligne éditoriale jugée proche des positions russes sur certains sujets, avait déjà été mis en cause par plusieurs associations de journalistes. L'ancienne directrice de RT France, de nationalité russe et française, a toujours défendu son indépendance éditoriale, affirmant ne faire que son métier de commentatrice.

Quelles suites pour la procédure ?

La procédure de sanctions européennes requiert l'unanimité des États membres, ce qui rend son adoption incertaine. Certains pays, comme la Hongrie, ont régulièrement bloqué des mesures similaires. Toutefois, le précédent créé par les sanctions contre des médias russes comme Sputnik et RT (interdits de diffusion en 2022) pourrait servir de base juridique. Les eurodéputés insistent sur le fait que Xenia Fedorova ne se contente pas d'être une chroniqueuse mais qu'elle a été un cadre dirigeant d'un média sanctionné, ce qui renforce selon eux la légitimité d'une action individuelle.

En attendant une éventuelle décision du Conseil de l'UE, la pression politique monte. Le Parlement européen pourrait être amené à voter une résolution non contraignante pour soutenir la demande de sanctions. Le dossier illustre les difficultés pour l'Union européenne à concilier liberté d'expression et lutte contre la désinformation, alors que la guerre en Ukraine entre dans sa quatrième année.

L'affaire Fedorova devient ainsi un test pour la capacité de l'UE à sanctuariser son espace médiatique face aux ingérences étrangères, tout en respectant les principes démocratiques. La réponse du Haut Représentant est attendue dans les prochaines semaines.