Le consortium formé par Orange, Bouygues Telecom et Iliad (Free) fait face à un risque majeur dans le cadre du rachat de SFR : la fuite des collaborateurs les plus stratégiques avant même que l’opération ne soit bouclée. Selon des informations récentes, les trois opérateurs étudient la mise en place d’un plan de rétention destiné à conserver les talents jugés essentiels pendant toute la durée du processus, dont l’issue pourrait ne pas intervenir avant 2027 ou 2028.
Les négociations exclusives avec Altice France, société mère de SFR, ont connu un nouveau report au 5 juin 2026 après une première échéance au 15 mai. L’offre de reprise, d’un montant de 20,35 milliards d’euros avec un complément de prix de 650 millions lié aux performances de l’opérateur jusqu’au transfert effectif, a été acceptée par Patrick Drahi. Mais la signature d’un protocole d’accord ne constitue qu’une étape préliminaire. Il faudra ensuite consulter les instances représentatives du personnel, obtenir le feu vert de l’Autorité de la concurrence – voire de la Commission européenne – et recevoir les validations de l’Arcep sur le transfert des fréquences. L’ensemble de ces procédures pourrait prendre entre dix-huit mois et deux ans, soit une période d’incertitude exceptionnellement longue pour les 8 000 salariés de SFR.
Un exercice juridiquement périlleux
Le consortium se trouve dans une position délicate. Tant que le rachat n’est pas validé, Orange, Bouygues Telecom et Iliad demeurent des concurrents directs de SFR. Le droit de la concurrence leur interdit de définir à l’avance la future organisation, d’anticiper la répartition des équipes ou de promettre des postes individuels aux salariés. « Rassurer les équipes sans pouvoir réellement s’engager sur leur avenir constitue un équilibre difficile à tenir », résume une source proche du dossier. Les précédents européens, notamment en Allemagne et en Italie, montrent que les longues périodes d’attente réglementaire ont souvent entraîné le départ de nombreux talents avant même la finalisation des fusions.
Dans le secteur des télécoms, les ingénieurs réseaux, les experts en cybersécurité, les spécialistes de la fibre et les cadres commerciaux sont des profils très recherchés, disposant de nombreuses alternatives sur le marché. Environ 2 000 personnes travaillent dans les boutiques SFR ; elles ont d’ailleurs fait grève le 2 mai pour demander des primes compensatoires, illustrant le climat social tendu.
Des abonnés qui commencent à bouger
L’incertitude qui pèse sur SFR n’épargne pas sa clientèle. Au premier trimestre 2026, Bouygues Telecom a enregistré 47 000 nouveaux abonnés sur le fixe et 155 000 sur le mobile, tandis qu’Orange annonçait 54 000 nouveaux clients sur le fixe et 40 000 sur le mobile. Par ailleurs, le taux de résiliation chez Orange aurait atteint son niveau le plus bas depuis 2022. Une partie de ces gains pourrait s’expliquer par des clients de SFR préférant anticiper un démantèlement dont l’issue reste pourtant incertaine.
Une nécessaire continuité des activités
Les acquéreurs voudront avoir l’assurance que, jusqu’à la finalisation juridique, SFR continue de fonctionner normalement et maintient un niveau d’investissement adéquat dans son réseau et ses activités. « Cela est essentiel afin de préserver la valeur sous-jacente à la transaction et d’assurer la continuité des activités durant la période intérimaire », analyse un expert financier. Le consortium cherche donc un moyen de retenir les talents sans enfreindre les règles de concurrence, un équilibre qui s’annonce crucial pour la réussite de l’opération. Si le rachat aboutit, SFR sera démantelé : Free récupérerait la marque RED by SFR et ses cinq millions d’abonnés, Bouygues Telecom mettrait la main sur SFR Business, tandis que la marque SFR elle-même semble promise à une disparition progressive sur plusieurs années. Mais avant cela, il faudra maintenir la machine en vie.