L'incertitude plane sur l'avenir des 9 000 salariés de SFR. À quelques semaines de la finalisation du rachat par un consortium d'investisseurs mené par le fonds d'investissement IK Partners, les employés de l'opérateur télécoms redoutent des suppressions d'emplois massives. Selon plusieurs sources syndicales, le risque est jugé « réel » par les représentants du personnel, qui évoquent la possibilité de 3 000 à 4 000 départs contraints d'ici trois ans.
Des craintes alimentées par la stratégie du consortium
Le consortium d'acquéreurs, qui comprend également le fonds souverain singapourien GIC et la Caisse des dépôts et consignations, n'a pas encore dévoilé publiquement ses plans pour la restructuration de l'entreprise. Toutefois, les syndicats s'alarment des premiers signaux envoyés. « Le risque de suppressions massives d'emplois est réel », a confié un délégué syndical central CFDT, sous couvert d'anonymat. « Nous savons que les fonds d'investissement cherchent avant tout la rentabilité et que la masse salariale est leur premier levier d'action. »
Les craintes se concentrent notamment sur les fonctions support (RH, comptabilité, informatique) et les services commerciaux, qui pourraient être mutualisés ou externalisés. La direction actuelle de SFR, en poste jusqu'à la passation de pouvoir, tente de rassurer les équipes sans pour autant donner de garanties fermes. « Nous avons demandé des engagements sur l'emploi pour les trois prochaines années, mais la réponse est évasive », déplore un autre élu du personnel.
Une hémorragie de talents déjà enclenchée
Au-delà des suppressions potentielles, le consortium s'inquiète d'une « hémorragie de talents » avant même la finalisation de l'opération. Selon des sources internes, plusieurs cadres dirigeants et ingénieurs clés auraient déjà quitté l'entreprise ou seraient en cours de négociation avec des concurrents comme Orange et Free. Ce départ de compétences fragilise la capacité de SFR à maintenir la qualité de son réseau et de ses services dans un marché très concurrentiel.
Les acquéreurs ont bien tenté de négocier des clauses de non-concurrence et de rétention pour les profils stratégiques, mais les offres ne seraient pas jugées assez attractives face aux propositions des rivaux. « On assiste à un véritable exode des cerveaux », analyse un consultant en stratégie télécoms. « Les fonds devront rapidement stabiliser les équipes s'ils veulent éviter une dégradation accélérée de la performance opérationnelle. »
Un contexte industriel sous tension
Le rachat de SFR intervient dans un secteur des télécommunications français marqué par une guerre des prix violente et des investissements colossaux dans la fibre et la 5G. L'opérateur au carré rouge, déjà affaibli par des années de pertes d'abonnés et une dette de près de 24 milliards d'euros, peine à trouver un second souffle. Le consortium espère redonner de la compétitivité à l'entreprise via une restructuration profonde, mais les syndicats redoutent que celle-ci se fasse au détriment de l'emploi.
Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Économie, a indiqué suivre le dossier « avec attention » et rappelé son attachement au maintien de l'emploi et des savoir-faire sur le territoire. Une réunion entre le consortium et les services de Bercy est attendue dans les prochains jours pour évoquer les engagements sociaux de la reprise.
Un bras de fer à venir
Les syndicats appellent déjà à une journée de mobilisation le 20 juin prochain pour exiger des garanties écrites sur l'emploi. De leur côté, les représentants du consortium, qui préfèrent pour l'instant rester discrets, devraient présenter un plan d'affaires détaillé aux instances représentatives du personnel dans les semaines suivant la finalisation du rachat, prévue pour la fin juillet 2026.
En attendant, le moral des troupes est au plus bas. « Nous travaillons dans l'angoisse du lendemain », confie un technicien SFR en région parisienne. « Certains collègues ont déjà commencé à chercher ailleurs, mais beaucoup n'ont pas la mobilité ou les compétences pour se reconvertir. »
Le sort de SFR et de ses 9 000 salariés se jouera donc dans les prochains mois, entre les exigences de rentabilité du nouveau propriétaire et les impératifs sociaux d'un secteur déjà largement sinistré.