La cinquième conférence dédiée à la reconstruction de l'Ukraine s’est ouverte jeudi 25 juin à Gdańsk, dans le nord de la Pologne, sur fond de volonté affichée de dépasser les récentes frictions entre Kiev et Varsovie. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, et la Première ministre ukrainienne, Ioulia Svyrydenko – venue remplacer le président Zelensky initialement annoncé – ont donné le ton dès l’ouverture en multipliant les gestes d’apaisement.
« Souvenez-vous tous, sans exception, en Pologne, en Ukraine et nos amis en Europe : nous ne pouvons construire l’avenir que sur la vérité, le respect mutuel et la compréhension de l’Histoire », a lancé Donald Tusk, accueillant son homologue ukrainienne avec un sourire et ces mots : « Vous êtes ici chez vous. » De son côté, Ioulia Svyrydenko a salué la détermination des autorités polonaises à « construire un avenir commun », tandis que les deux responsables s’employaient à afficher une proximité renouvelée.
Un contexte diplomatique encore fragile
Ces démonstrations de bonne volonté interviennent après une nette dégradation des relations bilatérales fin mai. Le chef de l’État ukrainien avait alors décidé de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), une organisation nationaliste fondée en 1942, tenue pour responsable en Pologne de la mort de plus de 100 000 Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
En réaction, le président polonais Karol Nawrocki – figure nationaliste qui cohabite avec le gouvernement libéral de Donald Tusk – avait annoncé le retrait de la plus haute distinction polonaise, l’Ordre de l’Aigle blanc, décerné à Volodymyr Zelensky. Saisissant le parallèle historique avec Gdańsk, ville ravagée par la guerre puis reconstruite, Donald Tusk a tenté de recentrer les débats sur l’urgence de la reconstruction ukrainienne. « Gdańsk a été relevée de ses ruines et est devenue, à l’échelle mondiale, la reconstruction la plus aboutie, la plus complète », a-t-il rappelé. « Un effort immense du même ordre attend l’Ukraine. »
Un signal de continuité malgré l’absence de Zelensky
L’absence du président ukrainien, pourtant annoncé avant les récentes frictions, n’a pas empêché les deux délégations de réaffirmer leur engagement commun. La Première ministre Ioulia Svyrydenko, également chargée du développement économique et du commerce, portait la voix de Kiev dans les discussions portant sur le financement et la planification de la reconstruction du pays, dévasté par l’invasion russe.
La conférence de Gdańsk réunit représentants gouvernementaux, institutions financières internationales et entreprises privées, autour de l’objectif de mobiliser des fonds et des projets concrets pour la remise en état des infrastructures, du logement et du tissu économique ukrainien. Les organisateurs misent sur une nouvelle phase de coordination, alors que le conflit avec la Russie se poursuit et que les besoins de reconstruction sont estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars.
Une mise en scène de la réconciliation
En affichant leur unité, Donald Tusk et Ioulia Svyrydenko ont également cherché à rassurer les partenaires internationaux quant à la solidité du front diplomatique et militaire face à Moscou. La Pologne reste l’un des alliés les plus actifs de l’Ukraine au sein de l’Union européenne, mais les tensions historiques ravivées ces dernières semaines avaient semé le doute sur la pérennité de ce soutien.
Les discussions de Gdańsk devraient se poursuivre jusqu’à vendredi, avec la signature de plusieurs accords de coopération bilatérale et des annonces de nouvelles aides. Les deux capitales espèrent tourner la page des polémiques et concentrer leurs efforts sur les chantiers concrets de la reconstruction.