Un an après son déploiement dans quatre régions françaises, l'expérimentation du retour de la consigne pour les emballages en verre n'a pas encore rencontré le succès escompté. L'initiative, pilotée par l'éco-organisme Citeo et baptisée ReUse, a été lancée en juin 2025 pour une durée de dix-huit mois en Bretagne, dans les Hauts-de-France, en Normandie et dans les Pays de la Loire. Mais le bilan, qui doit être officiellement présenté fin juin par Citeo, est déjà critiqué par plusieurs acteurs, dont l'association Zero Waste France.
Un taux de retour limité et des obstacles en magasin
Dans un supermarché Super U de Nantes récompensé en avril pour avoir enregistré le plus grand nombre de retours de contenants consignés, le taux de retour atteint 47 %. Ce chiffre, jugé décevant par la référente du dispositif sur place, Virginie Cochard, est pourtant bien supérieur à la moyenne globale de l'expérimentation, qui se situerait autour de 24 %, selon les informations communiquées par Citeo à l'intéressée. Les bouteilles collectées sont envoyées dans un centre de lavage, puis renvoyées aux producteurs pour être à nouveau remplies.
Zero Waste France, dans un rapport publié le 11 juin, dresse un constat sévère. L'association a mené une enquête d'un mois dans 74 des 350 magasins partenaires de l'opération. Ses conclusions pointent une « mise en œuvre hétérogène et insuffisamment ambitieuse du dispositif de consigne pour réemploi ». Parmi les dysfonctionnements relevés : l'absence d'affichage ou d'explications dans les deux tiers des points de vente visités, des automates de retour peu visibles, et une offre très limitée. En moyenne, seuls 9 produits en emballages consignés sont proposés par magasin, alors que le catalogue de Citeo en compterait plus de 250.
Des prix dissuasifs et un engagement en question
L'association dénonce également des écarts de prix significatifs. Certains articles en contenants réemployables sont vendus jusqu'à trois fois plus chers que leurs équivalents jetables, hors consigne. Le montant remboursé au consommateur varie de 10 à 20 centimes d'euro par contenant, selon le coût initial de la consigne. Pour Marine Bonavita, chargée de plaidoyer pour Zero Waste France, « il y a un manque d'engagement flagrant des magasins ». Elle souligne que, alors qu'un millier d'établissements s'étaient déclarés intéressés en 2023 lors d'un appel à manifestation d'intérêt, seuls 350 ont effectivement participé à l'expérimentation.
L'enjeu est pourtant crucial. Ce test grandeur nature doit servir de base à une éventuelle généralisation nationale de la consigne pour réemploi, afin d'atteindre les objectifs de la loi Agec (antigaspillage et pour une économie circulaire) adoptée en 2020. Cette loi prévoit que 5 % des emballages soient réemployés d'ici 2023 et 10 % d'ici 2027. Or, selon l'Observatoire national du réemploi et de la réutilisation, qui dépend de l'Ademe, le taux actuel dépasse à peine 2 %.
Vers une harmonisation nationale ?
Célie Couché, fondatrice et directrice de l'entreprise Bout' à bout', qui a inauguré une usine de lavage dédiée au réemploi en Loire-Atlantique et participe au déploiement de ReUse pour le compte de Citeo, estime qu'« une harmonisation nationale » est nécessaire pour déployer le réemploi à grande échelle. Elle insiste sur le rôle clé des magasins et des enseignes, tant dans le référencement des produits que dans leur lisibilité en rayon.
L'expérimentation, qui doit s'achever à la fin de l'année 2026, sera évaluée par Citeo. Les résultats détermineront si le dispositif peut être étendu à l'ensemble du territoire français. En attendant, l'écart entre l'enthousiasme affiché par les consommateurs – 93 % des Français se disent favorables au retour de la consigne, selon un sondage Ipsos – et la réalité du terrain reste important.