Le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti a engagé une procédure judiciaire inédite contre un membre du gouvernement. Il a déposé une plainte devant la Cour de justice de la République (CJR) visant le ministre chargé des Transports, Philippe Tabarot, qu'il accuse d'avoir proféré des menaces de mort à son encontre. Par cette saisine de la juridiction compétente pour juger les ministres dans l'exercice de leurs fonctions, le parlementaire réclame également le départ de son adversaire politique du gouvernement.

Des menaces proférées lors d'un entretien téléphonique

Selon les accusations portées par Éric Ciotti, les faits se seraient déroulés lors d'un échange téléphonique avec Philippe Tabarot. Au cours de cette conversation, ce dernier lui aurait notamment lancé : « Je vais te faire disparaître ». Le député, par ailleurs président de l'Union des droites pour la République (UDR), a livré sa version des faits, estimant que ces propos constituent une menace de mort caractérisée. Il a souligné que cette déclaration visait à l'intimider et à entraver son action politique.

Contacté par nos confrères, l'entourage du ministre des Transports n'a pas souhaité commenter ces accusations dans l'immédiat. Aucune réaction officielle de Philippe Tabarot n'a été rendue publique à ce stade. La plainte déposée devant la CJR ouvre toutefois une procédure particulière, qui nécessite que la commission des requêtes de cette juridiction examine au préalable la recevabilité de la demande avant d'éventuelles poursuites.

Une juridiction réservée aux actes des ministres

La Cour de justice de la République est une juridiction d'exception, créée en 1993, chargée de juger les membres du gouvernement pour des crimes ou délits commis dans l'exercice de leurs fonctions. Sa saisine est un acte politique et juridique fort, rarement utilisé. Éric Ciotti justifie ce choix par la qualité de ministre de Philippe Tabarot, dont les propos auraient été tenus dans le cadre de leurs fonctions respectives. Le député dénonce une tentative d'intimidation incompatible avec les responsabilités d'un ministre de la République.

Un conflit politique ancien

Cette affaire s'inscrit dans un contexte de tensions récurrentes entre les deux hommes, tous deux élus des Alpes-Maritimes. Éric Ciotti, figure de la droite dure, et Philippe Tabarot, sénateur LR avant d'entrer au gouvernement, entretiennent une rivalité politique de longue date. Leurs divergences se sont exacerbées ces derniers mois, notamment autour de la ligne politique à adopter dans le département. Le dépôt de plainte devant la CJR marque une escalade significative dans leur opposition.

L'initiative d'Éric Ciotti intervient alors que le gouvernement fait face à plusieurs crises politiques. La demande de départ du ministre des Transports, si elle était suivie d'effet, constituerait un remaniement contraint et pourrait affaiblir davantage l'exécutif. Le chef de l'État n'a pour l'instant pas réagi publiquement à ces révélations.

Des précédents judiciaires pour le député

Ce n'est pas la première fois qu'Éric Ciotti recourt à la justice dans un cadre politique. Il avait déjà déposé des plaintes par le passé, notamment pour diffamation ou injures. Mais la saisine de la Cour de justice de la République est une première pour lui. Cette procédure, qui vise un ministre en exercice, pourrait avoir des conséquences politiques importantes, quel que soit l'issue de l'examen par la commission des requêtes.

L'affaire pourrait également relancer le débat sur l'opportunité de maintenir la CJR, régulièrement critiquée pour son manque d'efficacité et son caractère exceptionnel. Plusieurs réformes ont été proposées sans aboutir, mais chaque nouvelle saisine remet cette question sur le devant de la scène.

En attendant, la commission des requêtes de la Cour de justice de la République doit se prononcer sur la recevabilité de la plainte déposée par Éric Ciotti. Si elle est jugée recevable, une commission d'instruction pourrait être désignée pour enquêter sur les faits allégués. Philippe Tabarot, de son côté, pourrait être contraint de s'expliquer devant les juges, ce qui placerait le gouvernement dans une position délicate.