Le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti a annoncé avoir saisi la Cour de justice de la République (CJR) après des propos que lui aurait tenus le ministre des Transports Philippe Tabarot. Selon le président de l’Union des droites pour la République (UDR), le ministre l’aurait menacé en ces termes : « Je vais te faire disparaître ». Cette phrase, qui n’a pas été enregistrée, aurait été prononcée lors d’un échange privé entre les deux hommes, tous deux issus de la droite niçoise.
La saisine de la CJR, juridiction compétente pour juger les ministres dans l’exercice de leurs fonctions, constitue une étape judiciaire majeure dans la querelle qui oppose les deux élus. Éric Ciotti estime que les propos rapportés constituent une menace de mort ou d’atteinte à son intégrité physique, ce qui justifierait l’ouverture d’une enquête préliminaire. L’ancien président des Républicains a par ailleurs réclamé le départ de Philippe Tabarot du gouvernement.
Des relations déjà conflictuelles
Les deux hommes entretiennent depuis plusieurs années une rivalité politique ancrée dans le paysage niçois. Philippe Tabarot, sénateur avant d’entrer au gouvernement, et Éric Ciotti, député et figure locale, se sont affrontés à plusieurs reprises sur la scène locale et nationale. Leurs divergences se sont cristallisées autour de la ligne politique à adopter vis-à-vis de l’extrême droite, Ciotti ayant scellé une alliance avec le Rassemblement national, tandis que Tabarot reste fidèle à la droite républicaine classique.
La menace proférée, si elle est confirmée, pourrait relever de l’article 222-17 du code pénal, qui réprime la menace de mort ou d’atteinte aux biens. Toutefois, la CJR n’est pas une juridiction de droit commun : elle ne peut être saisie que par un particulier ou par le parquet général près la Cour de cassation. La recevabilité de la plainte de Ciotti dépendra de l’appréciation de la commission des requêtes de la CJR, qui examine si les faits sont suffisamment graves et constituent des infractions pénales liées à l’exercice des fonctions ministérielles.
Une procédure rare et complexe
La CJR n’a été saisie qu’une vingtaine de fois depuis sa création en 1993. Les ministres ne peuvent être poursuivis que pour des actes accomplis dans le cadre de leurs fonctions. La menace verbale, si elle est avérée, pourrait être considérée comme un acte relevant de la vie privée, ce qui exclurait la compétence de la CJR. Cependant, le caractère « politique » de la querelle, liée à des divergences publiques, pourrait plaider pour une qualification liée à la fonction.
Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, n’a pas réagi publiquement à cette annonce. Son entourage a indiqué qu’il conteste fermement les faits et qu’il estime que cette plainte n’est qu’un nouvel épisode de la guerre d’ego qui oppose les deux hommes. Le gouvernement, par la voix du porte-parole, a appelé à la sérénité et à la retenue, tout en rappelant que la présomption d’innocence doit être respectée.
Des implications politiques à plusieurs niveaux
Cette affaire ravive les tensions au sein de la droite française, déjà fracturée entre les partisans d’une alliance avec l’extrême droite et ceux qui y sont opposés. Éric Ciotti, qui dirige l’UDR, a fait de cette alliance son combat central, tandis que Philippe Tabarot incarne l’aile modérée des Républicains. Leur querelle personnelle illustre les divisions profondes qui traversent le parti.
La saisine de la CJR pourrait également avoir des répercussions sur la majorité présidentielle, dont Philippe Tabarot est membre en tant que ministre. Le chef de l’État n’a pas commenté l’affaire. La procédure peut durer plusieurs mois avant qu’une éventuelle mise en examen ou un classement sans suite soit prononcé.
Prochaines étapes judiciaires
La commission des requêtes de la CJR dispose de trois mois pour examiner la plainte et décider de la transmettre ou non à la commission d’instruction. Si elle est jugée recevable, une instruction sera ouverte, avec désignation de trois juges issus de la Cour de cassation. L’affaire pourrait alors aboutir soit à un non-lieu, soit à un renvoi devant la CJR pour un procès public.
En attendant, l’affaire attise les passions à Nice, où les deux hommes sont des figures incontournables. Le conseil municipal a été le théâtre de passes d’armes verbales ces derniers jours, et le climat politique local reste tendu.