Un quart des futurs data centers français exposés aux aléas climatiques
Alors que la France ambitionne de devenir un pôle européen majeur pour les centres de données, une étude récente du cabinet d’analyse des risques climatiques XDI révèle que 26 % des projets hexagonaux sont déjà classés comme « à haut risque » face aux effets du changement climatique. Sur les 38 implantations prévues qui ont été examinées, dix présentent une vulnérabilité immédiate, principalement en raison des vagues de chaleur extrême et de l’élévation du niveau de la mer.
Des régions particulièrement concernées
L’analyse, qui a porté sur 2 595 projets de data centers dans le monde, identifie la France au cinquième rang des pays les plus exposés. Les régions Nouvelle-Aquitaine et Hauts-de-France, qui doivent accueillir respectivement six et trois « hyperscales » – ces immenses infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle – sont jugées particulièrement à risque. Selon le rapport, le risque de dommages matériels lié aux aléas climatiques devrait être multiplié par plus de quatre d’ici la fin du siècle sur le territoire français, en raison de la combinaison de canicules plus intenses et de la montée des eaux.
Des précédents inquiétants
La résilience des data centers en période de forte chaleur n’est pas une hypothèse théorique. En juillet 2022, lors d’une canicule historique au Royaume-Uni où le mercure a dépassé les 40 °C, Google et Oracle avaient été contraints de couper volontairement une partie de leurs serveurs dans le pays. Ces interruptions avaient provoqué des pannes d’accès à plusieurs services numériques et sites web régionaux. L’expert interrogé relève que des clients s’interrogent désormais sur la continuité d’activité de ces infrastructures critiques.
Un enjeu économique majeur
L’appétit pour les data centers ne faiblit pas : la France a attiré des investissements records, notamment lors du sommet Choose France, avec des engagements comme celui du japonais SoftBank à hauteur de 75 milliards d’euros. Selon XDI, les investissements étrangers dans les centres de données en France ont atteint 69 millions de dollars en 2025, dépassant ceux de tous les autres pays. Mais cette ruée vers l’or numérique se heurte à une réalité climatique que les promoteurs du secteur peinent encore à intégrer. Karl Mallon, fondateur et directeur scientifique de XDI, met en garde : « Nous ne sommes pas en train de nous préparer suffisamment au changement climatique. Étant donné les montants investis, si nous nous trompons, l’erreur sera très coûteuse. »
Au-delà des besoins en eau et en électricité
Jusqu’à présent, les débats sur l’impact environnemental des data centers se sont surtout concentrés sur leur consommation d’eau et d’électricité. L’étude de XDI élargit le champ des préoccupations en montrant que le choix des sites d’implantation devient un facteur critique de viabilité à long terme. Les régions les plus attractives pour les investisseurs – souvent proches des grands bassins de population et des réseaux énergétiques – sont aussi parfois les plus exposées aux aléas climatiques. Au-delà de la France, le rapport pointe des clusters à risque similaires à Oklahoma City, Louisiane, Kansas, Séoul, Rio de Janeiro ou Berlin.
Des adaptations nécessaires
Face à ces constats, les opérateurs de data centers sont appelés à repenser leurs infrastructures. Certaines pistes émergent, comme l’amélioration des systèmes de refroidissement ou le recours à des énergies renouvelables mieux intégrées, mais le temps presse. Alors que la France subit dès le mois de mai des vagues de chaleur de plus en plus précoces et intenses, la question de la localisation des futurs « hyperscales » devient un enjeu stratégique pour la souveraineté numérique du pays.