Les valorisations des entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle atteignent des sommets, mais la question de leur soutenabilité se pose avec acuité. Les « Big Five » – les cinq plus grandes entreprises technologiques américaines – ont programmé des dépenses d'infrastructure record pour 2026. Selon les estimations, ces investissements pourraient atteindre 725 milliards de dollars sur l'ensemble de l'année. Pour les financer, ces sociétés ont massivement recours à l'emprunt, auprès des banques, des assureurs et des fonds de crédit privé. La dette contractée dans ce cadre dépasserait 1 000 milliards de dollars.
Cette exposition financière suscite des inquiétudes. En cas de rendements inférieurs aux attentes, les entreprises pourraient éprouver des difficultés à honorer leurs engagements. « Dans deux, trois ans, il faudra que l'IA génère des retombées économiques substantielles pour pouvoir rembourser tous ces investissements. Et c'est là que ça peut coincer », observe Corentin Chappron, journaliste expert en marchés financiers.
Un poids écrasant dans les indices boursiers
Les géants de la tech représentent désormais entre 30 % et 45 % de la capitalisation de l'indice S&P 500. Cette concentration rend l'ensemble du marché américain vulnérable à un retournement du secteur de l'IA. Une chute boursière des leaders technologiques aurait des répercussions bien au-delà de leur propre industrie, étant donné l'interconnexion de l'écosystème de l'IA et sa dépendance aux marchés financiers pour ses investissements.
Un pari sur la rentabilité future
L'ampleur des mises contraste avec l'incertitude qui entoure encore la rentabilité des applications d'IA. Les infrastructures, notamment les centres de données et les puces spécialisées, exigent des capitaux colossaux avant même que les revenus ne se matérialisent. Sans retombées économiques suffisantes dans les prochaines années, une partie des acteurs pourrait se trouver en situation de surendettement. Les marchés continuent pour l'instant de miser sur une croissance durable du secteur, mais la vigilance monte face aux risques de bulle spéculative.