À l'approche des élections sénatoriales de septembre 2026, le Rassemblement national (RN) et l'Union des droites pour la République (UDR) multiplient les initiatives pour constituer un groupe parlementaire au Sénat. L'obtention d'un tel groupe leur permettrait de bénéficier de moyens supplémentaires, de temps de parole et de poids politique dans l'hémicycle, un atout non négligeable à un an de l'élection présidentielle.

Une stratégie de coalition

Pour atteindre le seuil requis de dix sénateurs, les deux formations misent sur des alliances avec des élus de droite et du centre, séduits par un discours recentré sur les valeurs républicaines et la défense des territoires. Selon des sources proches des négociations, plusieurs sénateurs divers droite, notamment issus des départements ruraux, seraient en discussion pour rejoindre un éventuel intergroupe ou un groupe commun. Le RN et l'UDR espèrent capitaliser sur les résultats des dernières municipales et des élections européennes pour convaincre des élus locaux de franchir le pas.

Un enjeu de visibilité

Au-delà du simple effectif, la création d'un groupe offrirait au RN et à l'UDR une tribune institutionnelle pour peser sur les débats législatifs, notamment sur les projets de loi relatifs à l'immigration, à la sécurité ou aux finances publiques. Les deux partis souhaitent également utiliser cette plateforme pour critiquer la politique du gouvernement et se positionner comme une alternative crédible en vue de la présidentielle. « Nous voulons montrer que nous sommes capables de gouverner, et cela passe par une présence forte au Parlement », a déclaré un cadre du RN.

Les obstacles à surmonter

Cependant, la route est semée d'embûches. Le Sénat, traditionnellement ancré à droite, reste marqué par une culture politique où le gaullisme et le centrisme dominent. Plusieurs sénateurs LR ont exprimé leur réticence à s'allier avec des formations qu'ils jugent « extrémistes », tandis que les centristes de l'UDI se montrent prudents. Par ailleurs, des dissensions internes au RN sur la stratégie à advenir compliquent les négociations : certains plaident pour une ligne dure sur les questions identitaires, tandis que d'autres privilégient une approche plus modérée pour élargir la base.

Un test pour 2027

Les élections sénatoriales de septembre 2026 constitueront un indicateur important de la capacité du RN et de l'UDR à élargir leur influence au-delà de leur socle électoral. Si la formation d'un groupe au Sénat est réussie, elle pourrait renforcer la dynamique en faveur de Marine Le Pen ou d'Éric Ciotti pour la présidentielle. À l'inverse, un échec serait perçu comme un signe de faiblesse. Les observateurs notent que le scrutin se déroule au suffrage indirect, via un collège de grands électeurs (maires, conseillers départementaux et régionaux), ce qui favorise les partis bien implantés localement, un atout que le RN et l'UDR cherchent encore à consolider.

Les réactions des autres forces politiques

Dans les rangs de la majorité présidentielle, on observe ces manœuvres avec attention. Des élus macronistes estiment que l'émergence d'un groupe RN-UDR au Sénat pourrait « banaliser l'extrême droite » et appellent à un front républicain pour faire barrage. Les socialistes et les écologistes, de leur côté, dénoncent une « alliance contre nature » et promettent de faire campagne sur le thème des valeurs républicaines. Les Républicains, divisés, tentent de préserver leur leadership à droite, certains voyant d'un mauvais œil une concurrence directe sur leur électorat.

Une échéance cruciale

Les prochains mois seront décisifs pour les négociations. Les partis concernés doivent finaliser leurs listes et convaincre les grands électeurs avant le scrutin de septembre. Selon des sources concordantes, le RN et l'UDR tablent sur une dynamique favorable, mais les résultats des élections partielles à venir pourraient modifier le rapport de forces. Quoi qu'il en soit, l'enjeu dépasse le seul Sénat : il s'agit de préparer le terrain pour la présidentielle de 2027.