À l'approche du scrutin sénatorial du 27 septembre 2026, qui verra le renouvellement de la moitié des 348 sièges de la chambre haute, le Rassemblement national entend franchir une étape inédite dans son histoire : former un groupe au palais du Luxembourg. Longtemps hostile à cette institution, le parti dirigé par Jordan Bardella a changé de stratégie et mise désormais sur une conquête méthodique des sièges, en grignotant des voix à droite de l'échiquier politique.

Une coalition avec l'UDR et des transfuges de LR

Pour atteindre son objectif, le RN a noué des alliances avec l'Union des droites pour la République (UDR) et avec d'anciens membres des Républicains (LR) qui ont quitté leur formation. Ce rapprochement, officialisé par la direction du parti, vise à élargir l'assise électorale du RN en s'appuyant sur des figures connues localement, notamment dans des départements où la droite traditionnelle est implantée de longue date.

Ludovic Pajot, directeur de campagne du RN, a qualifié cette échéance de « dernière grande échéance avant la mère de toutes les batailles », faisant référence à l'élection présidentielle à venir. Cette formule illustre l'importance stratégique que le parti accorde à ce scrutin, perçu comme un test de sa capacité à s'implanter dans les institutions et à y peser.

Un objectif de sièges encore incertain

Le nombre exact de sièges que le RN espère remporter reste flou. Les sources disponibles ne fournissent pas de projection chiffrée précise pour le parti. Cependant, la volonté affichée de constituer un groupe — ce qui nécessite au minimum une dizaine de sénateurs — est clairement affirmée par plusieurs responsables. Le parti cherche à convaincre des sénateurs de droite de le rejoindre, soit avant le scrutin par le biais d'alliances locales, soit après, en attirant des élus qui auraient été réélus sous d'autres étiquettes.

Des interrogations sur la ligne politique

Cette stratégie de coalition soulève des questions sur la ligne politique qui serait défendue au Sénat par un éventuel groupe RN. Les alliances nouées avec des élus de droite, parfois issus de courants conservateurs ou souverainistes, pourraient entraîner des divergences internes sur des sujets comme l'Europe, la fiscalité ou les questions sociales. Au sein même du RN, des voix s'interrogent sur la cohérence idéologique d'un groupe élargi à des transfuges de LR.

Une opération de respectabilité institutionnelle

Au-delà des chiffres, l'enjeu pour le RN est aussi symbolique. Pénétrer le Sénat, institution longtemps considérée comme un bastion de la droite modérée, représenterait une forme de respectabilité et d'ancrage dans le paysage institutionnel français. Le parti, qui a déjà conquis un groupe à l'Assemblée nationale, cherche à étendre sa présence à la chambre haute pour peser davantage dans le débat législatif et médiatique.

Les sénatoriales se déroulent au suffrage indirect : ce sont les grands électeurs (maires, conseillers départementaux, régionaux, délégués des conseils municipaux) qui élisent les sénateurs. Le RN mise donc sur une mobilisation de ses élus locaux, en forte progression ces dernières années, pour espérer décrocher des sièges.

Un contexte politique tendu

Cette offensive du RN intervient dans un climat politique marqué par une fragmentation des droites. LR, affaibli par des départs successifs, tente de maintenir son ancrage local. L'UDR, formation créée par des dissidents de LR, pourrait jouer un rôle de pivot dans certaines régions. Le succès de la stratégie du RN dépendra en grande partie de sa capacité à convaincre des grands électeurs de droite de voter pour ses candidats.

Le scrutin de septembre 2026 constituera un test pour l'ensemble des forces politiques, mais il revêt une importance particulière pour le RN, qui entend démontrer sa capacité à s'implanter durablement dans les institutions, au-delà de la seule Assemblée nationale.