Le Rassemblement national (RN) affiche ses ambitions pour les élections sénatoriales du 27 septembre 2026. Le parti dirigé par Marine Le Pen espère constituer un groupe au Sénat, une première dans son histoire. L'objectif est d'atteindre au moins dix sénateurs, seuil minimal requis pour former un groupe parlementaire. Actuellement, la formation ne compte que trois élus sous son étiquette dans la chambre haute.
Pour y parvenir, le RN mise sur une double stratégie : présenter ses propres candidats dans un maximum de départements et convaincre des sénateurs siégeant actuellement chez Les Républicains (LR) ou au sein des rangs centristes de le rallier. Selon des sources concordantes, plusieurs parlementaires de droite seraient prêts à rejoindre le mouvement, séduits par une ligne politique jugée plus proche de leurs préoccupations locales.
Un travail de terrain intensifié
Ludovic Pajot, désigné directeur de campagne pour ces élections dès septembre 2025, supervise les opérations. Le RN a déjà investi 46 candidats, soit une présence dans environ 80 % des départements où les sièges sont renouvelés. Le parti mise sur son implantation municipale acquise lors des dernières élections locales pour mobiliser les grands électeurs. « Non seulement obtenir un groupe renforcerait nos moyens pour conduire notre action au Sénat, mais cela permettrait un rééquilibrage démocratique », a déclaré Ludovic Pajot.
Un précédent encourageant pour le RN
L'Assemblée nationale compte déjà un groupe RN important, mais le Sénat reste historiquement un point faible pour l'extrême droite française, qui peine à convertir ses bons scores aux scrutins nationaux en ancrage territorial durable. Les derniers scrutins locaux ont néanmoins montré une progression du nombre d'élus locaux RN, un vivier essentiel pour le collège électoral sénatorial.
Des incertitudes sur les alliances
Si la perspective d'un groupe RN au Sénat semble se préciser, des doutes subsistent sur la solidité des ralliements annoncés. Certains observateurs soulignent que des sénateurs LR ou centristes pourraient hésiter à franchir le pas en raison de divergences idéologiques ou de pressions internes à leurs partis respectifs. La campagne présidentielle de 2027, qui verra probablement une candidature de Bruno Retailleau pour LR, ajoute une dimension stratégique : des défections vers le RN affaibliraient la droite traditionnelle et pourraient provoquer des fractures.
Un enjeu symbolique et politique
La formation d'un groupe RN au Palais du Luxembourg aurait une portée politique majeure. Elle offrirait au parti des moyens supplémentaires en termes de temps de parole, de postes dans les commissions et de financement. Elle modifierait également l'équilibre des forces au sein de la chambre haute, traditionnellement dominée par la droite modérée et le centre. Pour l'exécutif, qui doit composer avec une majorité relative, un tel groupe constituerait un nouvel interlocuteur parlementaire.
Les prochains mois permettront de mesurer la capacité du RN à concrétiser ses ambitions. Les investitures officielles seront connues dans les semaines précédant le scrutin, tandis que les discussions avec les élus susceptibles de changer de camp se poursuivent en coulisses.