Dans un développement majeur de l'enquête sur le sabotage des gazoducs construits par la Russie, les procureurs fédéraux allemands ont formellement accusé un citoyen ukrainien d'avoir agi sur ordre des autorités de l'État ukrainien. L'acte d'accusation, déposé mercredi, désigne le suspect, identifié comme Serhii K., âgé de 50 ans, comme étant un maillon d'une chaîne d'exécution dont les ramifications remontent jusqu'à Kiev.

Le parquet général allemand a détaillé les charges retenues contre l'individu : complicité de crime de guerre, perturbation de services publics, provocation d'une explosion et destruction d'ouvrages. Les faits remontent à septembre 2022, lorsque les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2, qui serpentent au fond de la mer Baltique, ont subi une série d'explosions simultanées. Selon le communiqué des procureurs, le plan ourdi visait précisément à anéantir ces infrastructures reliant la Russie à l'Europe.

Une implication étatique directement mise en cause

La déclaration des procureurs constitue un tournant dans l'affaire. Ils y affirment que Serhii K. et six complices ont agi « sur ordre des autorités étatiques d'Ukraine ». Le texte précise que les accusés sont qualifiés de « personnel militaire ». Cette caractérisation suggère une opération coordonnée avec des ramifications au sein des structures de sécurité ou de défense ukrainiennes, bien que les noms des hauts responsables ayant donné l'ordre ne soient pas rendus publics à ce stade.

Un parcours judiciaire entamé en Italie

La procédure contre Serhii K. a pu aboutir grâce à une coopération policière européenne. L'homme, qui nie toute implication dans les faits, avait été appréhendé en Italie en août de l'année précédente, sur la base d'un mandat d'arrêt émis par l'Allemagne. Il a depuis été extradé vers la République fédérale pour y être jugé. Son avocat a exprimé sa confiance dans son acquittement, auprès de l'agence de presse Reuters, estimant que la défense parviendrait à démontrer l'innocence de son client.

Des conséquences géopolitiques explosives

Ces accusations officielles, qui pointent directement vers une implication de l'État ukrainien, placent Berlin dans une position diplomatique délicate à l'égard de Kiev. Jusqu'à présent, les autorités ukrainiennes avaient catégoriquement démenti toute participation à ces actes de sabotage, qui ont gravement endommagé les infrastructures énergétiques européennes et provoqué une flambée des prix du gaz. Les enquêtes, menées par plusieurs pays (Allemagne, Suède, Danemark), n'avaient pas encore permis d'établir publiquement une chaîne de commandement reliant les exécutants à des décideurs politiques. La mise en accusation de Serhii K. et l'affirmation des procureurs constituent l'accusation la plus directe jamais formulée par une puissance occidentale à l'encontre de l'Ukraine dans ce dossier.

Les autorités allemandes n'ont pas communiqué sur l'identité des six autres complices présumés, ni sur l'état d'avancement des mandats d'arrêt émis à leur encontre. L'enquête se poursuit pour déterminer l'étendue exacte de la responsabilité des hauts responsables ukrainiens, sans que l'on sache si le procureur général allemand envisage d'étendre les poursuites à d'autres niveaux de la hiérarchie.