Les autorités judiciaires allemandes ont franchi une étape décisive dans l'enquête sur le sabotage des gazoducs Nord Stream, survenu en septembre 2022 en mer Baltique. Le parquet fédéral allemand a annoncé, jeudi 2 juillet 2026, avoir inculpé formellement un ressortissant ukrainien, Serhii K., pour son implication présumée dans cette opération de destruction.
Dans un communiqué détaillant les chefs d'accusation retenus contre le suspect, les procureurs ont précisé que ce dernier, âgé de 50 ans, est poursuivi pour complicité de crime de guerre, perturbation de services publics, destruction d'ouvrages et provocation d'une explosion. Mais l'élément central de l'acte d'accusation réside dans l'affirmation selon laquelle il aurait agi « sur ordre des autorités étatiques ukrainiennes ». Le parquet estime que le plan visait à « détruire les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 ».
L'homme, décrit comme du « personnel militaire » par les enquêteurs, aurait agi en coordination avec six complices. Serhii K. avait été arrêté en Italie en août 2025, en vertu d'un mandat d'arrêt allemand, avant d'être extradé vers l'Allemagne. Il conteste les faits qui lui sont reprochés. Son avocat a exprimé sa confiance dans le fait que son client serait acquitté à l'issue du procès.
Cette mise en accusation constitue un tournant dans une affaire qui, depuis près de quatre ans, alimente les spéculations géopolitiques. Les explosions, qui avaient endommagé trois des quatre gazoducs reliant la Russie à l'Europe, avaient immédiatement suscité des accusations mutuelles. Jusqu'à présent, aucune puissance étatique n'avait été officiellement mise en cause par une autorité judiciaire.
Une accusation lourde de conséquences
La qualification retenue par le parquet allemand, qui désigne nommément l'État ukrainien comme donneur d'ordre, dépasse le cadre d'une simple enquête criminelle. Elle intervient dans un contexte où l'Allemagne est l'un des principaux soutiens militaires et financiers de l'Ukraine face à l'invasion russe. Les répercussions diplomatiques d'une telle annonce pourraient être significatives, même si les autorités ukrainiennes n'ont pas encore réagi officiellement à cette mise en cause.
Des investigations complexes
L'enquête allemande, menée par le parquet fédéral, a mobilisé des ressources importantes pour identifier les auteurs de ce qui est considéré comme l'un des plus gros sabotages d'infrastructures énergétiques en Europe. Les investigations avaient jusqu'à présent progressé dans une relative discrétion, avant l'arrestation en Italie et l'extradition qui ont permis de franchir une nouvelle étape.
Serhii K. est le premier suspect formellement inculpé dans cette affaire. Son procès, qui devrait s'ouvrir dans les mois à venir, sera scruté de près, tant pour les preuves présentées que pour les éventuelles révélations sur la chaîne de commandement ayant présidé à l'opération. L'avocat du prévenu a d'ores et déjà annoncé une défense vigoureuse, laissant présager des débats judiciaires complexes.