Le conglomérat sud-coréen Samsung s’apprête à officialiser, lors d’une rencontre avec le président Lee Jae-myung prévue lundi 29 juin, un plan d’investissement d’une ampleur inédite. Selon des sources proches du dossier, le montant total atteindrait 648 milliards de dollars (environ 570 milliards d’euros), déployé sur une décennie sur le territoire sud-coréen. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un « grand projet national » visant à faire de la Corée du Sud un acteur incontournable de l’intelligence artificielle.
L’enveloppe couvre l’ensemble de la chaîne de valeur technologique : fabrication de semi-conducteurs, construction de centres de données spécialisés dans l’IA, production de batteries et d’écrans. Ce nouveau plan s’ajoute à un investissement déjà annoncé en mars, d’un montant de 71 milliards de dollars, destiné à renforcer son rôle sur le marché des puces mémoire et du packaging avancé. Des acquisitions dans la robotique, la santé et l’automobile sont également envisagées pour compléter cette stratégie.
Une position dominante sur le marché de la mémoire
La Corée du Sud contrôle une part écrasante de la production mondiale de mémoire DRAM, composant essentiel aux centres de données qui alimentent les modèles d’IA générative. Au premier trimestre 2026, Samsung détenait 38 % de ce marché, suivi par SK Hynix (29 %) et l’américain Micron (22 %). Ces trois entreprises représentent à elles seules environ 89 % de l’offre mondiale. Cette position confère au pays un avantage stratégique dans un contexte de demande explosive.
Les analystes de Bank of America prévoient une hausse des ventes mondiales de DRAM de 60 % en 2026, après une progression déjà spectaculaire de 50 % en 2025. Les prix de vente moyens devraient bondir de 40 % cette année. Cette dynamique a d’ailleurs permis à SK Hynix et Micron d’atteindre une valorisation boursière supérieure à 1 000 milliards de dollars. Sur le plan macroéconomique, les semi-conducteurs pourraient représenter jusqu’à 30 % des exportations totales de la Corée du Sud en 2026.
Un contexte politique et industriel complexe
L’annonce de Samsung intervient dans un paysage politique sud-coréen marqué par des bouleversements récents. Après la déclaration de la loi martiale en décembre 2024, le président Yoon Suk-yeol a été destitué, conduisant à une élection présidentielle anticipée remportée par Lee Jae-myung. Ce dernier a fait de l’IA et des semi-conducteurs une priorité nationale, ce qui se traduit par un soutien public aux grands projets industriels.
Pour Samsung, cet investissement massif représente un pari risqué mais nécessaire. Alors que la demande mondiale de mémoire liée à l’IA progresse plus vite que les projections initiales, le groupe cherche à transformer un avantage conjoncturel en leadership durable. La firme ambitionne de devenir le seul acteur capable de maîtriser toute la chaîne des semi-conducteurs, du composant mémoire au packaging, en passant par la conception de centres de données spécialisés.
Des répercussions attendues sur l’ensemble du secteur
Ce plan d’investissement pourrait redessiner les équilibres concurrentiels dans l’industrie des semi-conducteurs. En concentrant ses efforts sur le territoire national, Samsung entend également renforcer l’écosystème technologique sud-coréen et créer des retombées économiques significatives. Les analystes estiment que la croissance des exportations de puces pourrait contribuer de manière décisive à la performance économique du pays dans les années à venir.
Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l’impact de cette stratégie sur la capacité de Samsung à répondre à l’explosion de la demande mondiale en IA, tout en maintenant sa position de leader face à des concurrents comme SK Hynix et Micron.