La cheffe du gouvernement japonais, Sanae Takaichi, est arrivée ce jeudi à New Delhi pour une visite officielle de trois jours, sa première en Inde depuis sa prise de fonctions. Accueillie par le Premier ministre indien Narendra Modi, Mme Takaichi participe au sommet annuel bilatéral qui doit sceller de nouveaux accords et approfondir le « partenariat stratégique et global spécial » entre les deux pays.

Un accueil protocolaire et des discussions au sommet

Dès son arrivée, Mme Takaichi a reçu une cérémonie de bienvenue à Rashtrapati Bhavan, la résidence présidentielle indienne. Elle s’est ensuite rendue à Hyderabad House, siège des réunions bilatérales, où les deux dirigeants ont entamé leurs entretiens. M. Modi a déclaré sur X, le réseau social, qu’il attendait avec intérêt « un échange de vues sur un large éventail de domaines pour approfondir le partenariat », ajoutant que la visite contribuerait à renforcer la coopération.

Avant ce déplacement, Mme Takaichi avait indiqué que son voyage mettrait l’accent sur le développement de la coopération bilatérale, tant au niveau gouvernemental que privé. Un forum économique nippo-indien doit notamment se tenir, avec la participation de plus de 150 représentants d’entreprises japonaises. Plusieurs protocoles d’accord (MoU) sont attendus à l’issue des discussions.

Un contexte géopolitique tendu

Ce renforcement des liens intervient alors que les tensions entre le Japon et la Chine s’accentuent, notamment autour des différends territoriaux en mer de Chine orientale et des préoccupations sécuritaires liées à l’influence croissante de Pékin dans la région indo-pacifique. L’Inde, de son côté, entretient également des relations complexes avec la Chine, marquées par des frictions frontalières dans l’Himalaya. Le rapprochement entre Tokyo et New Delhi s’inscrit dans une stratégie de contrepoids à l’hégémonie chinoise, sans pour autant que les deux pays formalisent une alliance militaire.

Lors de ce sommet, les sujets de sécurité régionale, de connectivité des infrastructures et de technologies critiques devraient figurer en bonne place. La coopération dans le domaine de la défense, déjà amorcée avec des exercices conjoints et des accords de logistique, pourrait être approfondie.

Des retombées économiques attendues

Sur le plan économique, le Japon est un investisseur de premier plan en Inde, notamment dans les infrastructures, l’automobile et l’électronique. La visite de Mme Takaichi vise à accélérer les projets en cours, comme le corridor de croissance industrielle entre Delhi et Mumbai, et à ouvrir de nouvelles perspectives dans les semi-conducteurs et les énergies propres. La ministre japonaise entend également promouvoir les exportations agricoles et renforcer la coopération en matière de transformation numérique.

L’Inde, de son côté, cherche à attirer davantage d’investissements japonais pour soutenir sa politique de « Make in India » et réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine dans les chaînes d’approvisionnement.

Une dynamique régionale contrastée

Si le Japon et l’Inde partagent une vision similaire de l’ordre régional fondé sur l’État de droit, leurs positions divergent parfois sur le degré d’engagement avec les États-Unis et d’autres partenaires du Quad (Japon, Inde, États-Unis, Australie). La visite de Mme Takaichi permet de réaffirmer la convergence des deux pays sur les grands enjeux de sécurité maritimes et de liberté de navigation.

Au-delà des annonces officielles, ce sommet offre l’occasion de coordonner les réponses face à l’affirmation chinoise dans l’océan Indien et la mer de Chine méridionale. Les deux dirigeants devraient également aborder la situation en Birmanie et la coopération au sein de l’ASEAN.