Un lien direct établi entre réchauffement et intensité de la canicule

La vague de chaleur exceptionnelle qui touche la France et une large partie de l’Europe de l’Ouest depuis plusieurs jours a été fortement amplifiée par le changement climatique d’origine humaine. C’est la conclusion d’une étude d’attribution rapide menée par ClimaMeter, un consortium scientifique européen. Selon leurs travaux, sans ce facteur, le mercure à Paris aurait grimpé moins haut : l’écart atteint 2,4 °C. Dans d’autres régions d’Europe, le surcroît de chaleur imputable au réchauffement s’élève à 4 °C.

Les chercheurs précisent que le déplacement des masses d’air à l’origine de cet épisode caniculaire n’a rien d’inédit. Ce type de configuration météorologique a déjà été observé par le passé. Toutefois, dans un climat plus froid, un tel phénomène n’aurait pas déclenché des températures aussi extrêmes. C’est le contexte climatique actuel, marqué par une hausse globale des températures, qui transforme une situation ordinaire en événement record.

Des records tombés en cascade

L’épisode caniculaire a été d’une intensité rare pour la saison. Météo France a placé 61 départements en vigilance rouge ce vendredi, le pic de l’épisode ayant été atteint la veille. Le précédent record absolu de température nationale, qui datait de mardi, a été effacé mercredi, faisant de cette journée la plus chaude jamais enregistrée en France. Les nuits n’ont pas apporté de répit significatif, avec des nuits dites « tropicales » où la température ne descend pas sous les 20 °C.

Face à cette situation, les autorités ont pris des mesures d’urgence. Jeudi, 3 500 établissements scolaires ont fermé leurs portes et 10 000 autres ont adapté leurs horaires de fonctionnement. Ce vendredi, plusieurs dizaines de milliers de collégiens doivent tout de même passer les épreuves du brevet, lesquelles n’ont pas été décalées. À Paris, la préfecture de police a interdit la consommation d’alcool sur la voie publique à partir de midi, pour tenter de limiter la pression sur des services hospitaliers déjà saturés.

Des systèmes sanitaires et sociaux sous tension

Le gouvernement a déclenché le niveau 3 du plan Orsan, destiné à maintenir la capacité d’accueil des hôpitaux face à l’afflux de patients lié à la chaleur. Plus de 55 décès par noyade ont par ailleurs été recensés depuis le 18 juin, un chiffre qui interroge sur les comportements à risque lors des fortes chaleurs.

Les scientifiques de ClimaMeter tirent la sonnette d’alarme. « Une canicule d’une telle intensité dès le mois de juin constitue un signal fort », estime Mathieu Vrac, directeur de recherche au CNRS et membre de l’équipe. « Les modèles climatiques prévoyaient une augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur, mais leur apparition de plus en plus précoce dans l’année dépasse parfois nos projections », ajoute-t-il.

« Les extrêmes d’aujourd’hui pourraient devenir les étés moyens de demain »

Davide Faranda, également chercheur au sein du consortium, met en garde contre l’aggravation des impacts si rien n’est fait. « Nous approchons désormais des limites de ce à quoi de nombreuses sociétés et de nombreux écosystèmes peuvent s’adapter. Si de telles températures deviennent la norme dans les prochaines décennies, des impacts majeurs seront inévitables », prévient-il. Il rappelle néanmoins qu’« une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre peut empêcher que les extrêmes d’aujourd’hui ne deviennent les étés moyens de demain ».

Cette étude d’attribution, dont la méthodologie est désormais éprouvée, vient confirmer ce que de nombreux climatologues redoutaient : le réchauffement planétaire n’est plus une menace lointaine, mais un facteur qui amplifie dès à présent les phénomènes extrêmes, et ce, de manière mesurable. Pour Paris, l’écart de 2,4 °C constaté par ClimaMeter illustre concrètement l’empreinte du changement climatique sur un événement météorologique vécu par des millions de personnes.