Une visite sous le signe de la consolidation militaire

Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, s'est rendu mercredi 8 juillet à Niamey, où il a pris part à la deuxième session de consultations de haut niveau entre la Russie et les trois pays membres de l'Alliance des États du Sahel (AES) – le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette rencontre, qui intervient plus d'un an après la première session tenue à Moscou en avril 2025, visait à renforcer les relations entre Moscou et les régimes militaires sahéliens.

À l'issue des discussions, un communiqué conjoint a été publié, dans lequel la Russie « a confirmé sa volonté de poursuivre son soutien au renforcement des capacités opérationnelles des forces armées des États membres de l'AES ». Les deux parties se sont également dites satisfaites de « l'intensification de leur coopération militaire et militaro-technique ». Au-delà du volet sécuritaire, elles ont réaffirmé leur volonté commune de développer leur coopération dans les domaines politique, diplomatique, économique et social.

Un contexte sécuritaire tendu

Ce déplacement de Sergueï Lavrov survient quelques jours après de nouvelles attaques menées par des groupes djihadistes – notamment le Jnim (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) et le Front de libération de l'Azawad – contre l'armée malienne. Ces offensives ont fragilisé le discours des autorités maliennes sur l'efficacité du partenariat russe. Selon plusieurs observateurs, la venue du ministre russe visait à rassurer les dirigeants de l'AES quant à l'engagement de Moscou, tout en masquant les difficultés rencontrées sur le terrain militaire.

Un rapprochement accéléré depuis les putschs

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dirigés par des juntes arrivées au pouvoir par des coups d'État entre 2020 et 2023, ont progressivement tourné le dos à la France, leur ancienne puissance coloniale, pour se rapprocher de la Russie. Ils ont quitté la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qu'ils accusent d'être inféodée à Paris, et ont fondé l'Alliance des États du Sahel en septembre 2023. Cette alliance a depuis renforcé sa coopération militaire avec Moscou, qui fournit équipements, formation et conseillers.

La présence de mercenaires russes – souvent associés au groupe Africa Corps, successeur présumé de Wagner – dans la région a été critiquée par des organisations de défense des droits humains, qui les accusent d'exactions. Les autorités des trois pays sahéliens rejettent ces allégations et mettent en avant les résultats obtenus dans la lutte antiterroriste.

Des consultations régulières

La première session de consultations Russie-AES s'était tenue le 1er avril 2025 à Moscou. Celle de Niamey marque une nouvelle étape dans l'institutionnalisation du dialogue entre la Russie et les trois États sahéliens. Les discussions devraient se poursuivre selon un calendrier à définir, les deux parties ayant exprimé leur souhait de maintenir un contact régulier.

Pour les régimes de l'AES, ce soutien russe est crucial face à l'insécurité persistante et aux pressions internationales. Toutefois, la capacité de Moscou à inverser durablement la tendance sécuritaire dans la région reste sujette à débat, d'autant que les récentes pertes subies par l'armée malienne soulignent les limites de l'assistance russe actuelle.