Six détenus de l'établissement pénitentiaire ultra-sécurisé de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, ont déposé une plainte pénale pour violences et harcèlement moral à l'encontre de la direction de la prison. La plainte a été enregistrée au tribunal d'Alençon le 28 mai dernier, selon une source proche du dossier. Les plaignants, tous mis en examen ou condamnés pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs criminelle ou règlements de compte, dénoncent un ensemble de mesures qu'ils jugent humiliantes et destinées à briser leur résistance.

Des accusations de « déshumanisation »

Dans leur plainte, les six détenus reprochent à la direction de l'établissement de les « déshumaniser » et de les « humilier » délibérément, au-delà des seules exigences de sécurité. Ils affirment subir un « régime de pression psychologique et de domination » qui outrepasse le cadre légal. Leur avocate, Me Marie Violleau, a qualifié la situation de « très grave » et d'« une gravité sans nom ». « Peu importe leur condition de détenus du haut du spectre, l'État a l'obligation de les respecter. Les infractions pénales dont ils sont victimes doivent cesser », a-t-elle déclaré.

Les pratiques dénoncées sont quotidiennes : fouilles à nu systématiques, accès à la promenade « soumis au bon vouloir » des surveillants, activités quasi inexistantes, agents constamment cagoulés qui s'adressent aux prisonniers par leur seul numéro d'écrou, sans formule de politesse. Les plaignants ont également signalé que les visiteurs, y compris les enfants, sont systématiquement palpés, ce qui rend le droit de visite « dégradant ». Au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), les parloirs sont équipés d'un hygiaphone pour éviter tout contact, sauf dérogation exceptionnelle. Une personne détenue s'est récemment vue refuser le retrait de ce dispositif alors que sa mère était atteinte d'un cancer, ont regretté les plaignants.

Un cadre réglementaire contesté

Les prisonniers critiquent aussi un règlement qui impose des créneaux téléphoniques stricts en pleine journée, rendant difficile l'appel des proches qui travaillent ou sont scolarisés. « On les entasse, on les piétine, on les violente et on espère qu'ils sortent meilleurs. Si vous traitez des gens comme des chiens en prison, ne vous attendez pas à ce qu'ils ressortent comme des hommes », a mis en garde Me Violleau.

Selon l'avocate, il s'agit de la première plainte pénale visant un QLCO, alors que plusieurs recours administratifs avaient déjà été formés sans succès. Elle a distingué la situation de Condé-sur-Sarthe de celle du centre de détention de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où des conditions « extrêmement difficiles » prévalent également, mais où la direction « semble respecter les détenus et leurs familles » dans le cadre qui lui est imposé.

Le contexte des QLCO

Ces quartiers spécifiques ont été créés à la suite de la loi contre le narcotrafic. Le premier a ouvert ses portes en juillet 2025 à Vendin-le-Vieil, le second en octobre 2025 à Condé-sur-Sarthe. Un troisième doit être mis en service à Réau (Seine-et-Marne) fin juin ou début juillet 2026. Les plaignants estiment que les dérives constatées à Condé-sur-Sarthe sont propres à cet établissement, où « la loi pénale est violée, pas seulement les droits fondamentaux et la dignité humaine », a affirmé Me Violleau.

L'administration pénitentiaire n'a pas encore réagi publiquement à ces accusations. La plainte devrait désormais être instruite par le parquet d'Alençon, qui devra déterminer si des poursuites sont engagées contre la direction de la prison.