Six mois après le drame du Constellation, l’étau judiciaire se resserre autour du couple Moretti. Les gérants de l’établissement où 41 jeunes ont péri dans la nuit du 31 décembre 2025 sont toujours poursuivis pour « homicide par négligence », mais des avocats de parties civiles réclament désormais une requalification des faits en « homicide par dol éventuel », une infraction plus grave. Parallèlement, la découverte de nouveaux documents compromettants fragilise la défense des époux, selon des sources proches du dossier.
Le couple, qui n’a cessé de clamer son innocence, tente pourtant un retour aux affaires. Plusieurs médias italiens et suisses ont révélé que Jacques et Jessica Moretti projettent de rouvrir deux restaurants dont ils sont propriétaires dans le canton du Valais : le Senso et Le Vieux Chalet. Ces établissements étaient fermés depuis l’incendie. Pour contourner les obstacles juridiques, un ancien cuisinier du Vieux Chalet a créé le 25 mai dernier une société baptisée SARL Andru, dont l’adresse correspond à celle du restaurant. Cette structure doit permettre, selon l’extrait du registre du commerce, « l’exploitation de restaurants, de bars, d’hôtels, de chambres d’hôtes, de boulangeries ».
Une pétition pour exiger la « décence »
L’annonce de ce retour potentiel a déclenché une vive émotion parmi les familles de victimes suisses, françaises et italiennes. Une pétition en ligne, qui a déjà recueilli plus de 26 000 signatures, demande aux autorités cantonales et fédérales de bloquer toute réouverture jusqu’à l’issue définitive des procédures judiciaires. « Nous ne demandons pas à la justice de condamner qui que ce soit avant son jugement. La présomption d’innocence est un principe que nous respectons. Mais la décence aussi est un principe. Le respect des morts aussi. La retenue, face à 41 cercueils et 115 blessés, aussi. On ne rouvre pas les portes au public quand la justice n’a pas encore fermé le dossier », écrivent les auteurs de la pétition.
L’enquête sous pression
L’incendie du Constellation, survenu lors d’une fête du Nouvel An, reste l’une des pires catastrophes de ce type en Suisse. Le bilan officiel fait état de 41 morts et 115 blessés. Les investigations menées par la police cantonale valaisanne ont d’abord conduit à une inculpation pour homicides par négligence, mais des éléments récents – notamment des documents internes sur les conditions de sécurité de l’établissement – poussent certains magistrats à envisager une qualification plus sévère. Le concept de « dol éventuel » suppose que les prévenus auraient accepté le risque de tuer en ne respectant pas les normes de sécurité.
Jacques et Jessica Moretti, qui n’ont cessé de nier toute responsabilité pénale, se retrouvent aujourd’hui pris en étau entre une opinion publique très hostile et une procédure qui s’alourdit. Leur avocat n’a pas souhaité commenter les nouvelles pièces versées au dossier. Interrogé sur le projet de réouverture des restaurants, le conseil du couple a indiqué qu’il s’agissait d’une initiative distincte, portée par un tiers indépendant, et a rappelé que ses clients bénéficient de la présomption d’innocence.
Un avenir judiciaire incertain
La justice suisse n’a pas encore fixé de date pour le procès. Les parties civiles, elles, multiplient les demandes d’actes complémentaires, notamment des expertises sur la configuration du bâtiment incendié et sur la réaction des gérants face au sinistre. La pétition, qui continue de recueillir des signatures, alimente un débat plus large sur la place des valeurs morales dans les affaires judiciaires. Pour les familles, le temps n’est pas encore venu de tourner la page.