Snap, la société mère de l'application Snapchat, a dévoilé mardi ses premières lunettes de réalité augmentée conçues pour le grand public. Baptisé Specs, ce dispositif se distingue des précédents produits de l'entreprise, qui étaient jusqu'alors réservés aux développeurs.
Le prix de vente est fixé à 2 195 dollars, avec un dépôt remboursable de 200 dollars pour passer commande. Les livraisons sont attendues dans le courant de l'année. Ce tarif est plus de quinze fois supérieur à celui des célèbres Spectacles, les lunettes-caméras de Snap vendues à 130 dollars.
Un virage assumé vers l'après-smartphone
Le fondateur et directeur général de Snap, Evan Spiegel, a justifié ce lancement par une lassitude supposée des consommateurs vis-à-vis des écrans de téléphone. « Près de vingt ans après le lancement de l'iPhone, les gens sont prêts à envisager l'informatique différemment », a-t-il déclaré dans un entretien, estimant que le moment est venu de proposer une alternative aux smartphones.
Les Specs projettent des images numériques dans le champ de vision de l'utilisateur, superposant informations et contenus virtuels au monde réel. Cette technologie, connue sous le nom de réalité augmentée, est au cœur de la stratégie de Snap depuis plusieurs années.
Une offre encore confidentielle
Malgré l'ambition affichée, le produit reste onéreux et cible une clientèle aisée. Le montant du dépôt et le prix final pourraient freiner une adoption massive. Snap mise néanmoins sur l'attrait pour les nouvelles formes d'interaction numérique pour séduire un public au-delà des cercles technophiles.
La société n'a pas communiqué de prévisions de ventes ni de pays concernés par la commercialisation dans l'immédiat. Les spécifications techniques détaillées n'ont pas non plus été intégralement révélées lors de cette annonce.
Un pari risqué sur un marché naissant
Avec ce lancement, Snap tente de devancer les géants de la tech sur le segment encore balbutiant des lunettes connectées à réalité augmentée. Plusieurs groupes, comme Meta ou Apple, travaillent également sur des dispositifs similaires, mais aucun n'a encore proposé au grand public un produit équivalent à ce prix.
Le pari est risqué : le marché des lunettes intelligentes n'a pas encore trouvé son public, et les précédentes tentatives (Google Glass, notamment) ont connu des échecs commerciaux retentissants. Snap espère que la maturité technologique et l'évolution des usages joueront en sa faveur.
Un positionnement haut de gamme assumé
En fixant le tarif à plus de 2 000 dollars, Snap s'adresse d'abord à des utilisateurs prêts à investir dans un équipement innovant. Le produit n'est pas présenté comme un accessoire de mode mais comme un outil de calcul portable, capable de remplacer certaines fonctions du smartphone.
Les Specs pourraient ainsi intéresser les professionnels (architectes, ingénieurs, designers) autant que les consommateurs avertis. La frontière entre usage professionnel et personnel reste toutefois floue à ce stade.
Une communication encore discrète
Snap n'a pas détaillé les modalités de commande ni les marchés visés. L'entreprise se limite pour l'instant à une prise de commandes avec dépôt remboursable, sans calendrier précis de livraison. Cette prudence pourrait refléter une volonté de jauger la demande avant d'engager une production à grande échelle.
La réaction des investisseurs et des analystes sera scrutée dans les prochains jours. Les actions de Snap ont évolué sans heurt notable après l'annonce, selon les premières données disponibles.
Un pari sur l'avenir
En misant sur les lunettes de réalité augmentée, Evan Spiegel prend un risque entrepreneurial important. Si le produit séduit, Snap pourrait s'imposer comme un pionnier de l'informatique post-smartphone. En cas d'échec, la société pourrait subir un revers financier et d'image.
L'avenir dira si les consommateurs sont prêts à troquer leur téléphone contre une paire de lunettes à plus de 2 000 dollars.