Ankara accueille les 7 et 8 juillet le sommet de l'Otan, une première pour la Turquie depuis 2004. Le président Recep Tayyip Erdogan entend profiter de cette tribune pour promouvoir le secteur de la défense nationale, devenu l'un des principaux leviers de son ambition régionale.
Au cœur de cette stratégie : une affirmation répétée par les autorités turques selon laquelle les cycles de production industrielle se sont considérablement raccourcis. « Ce que nous faisions en un an, nous le faisons désormais en une semaine », a déclaré un responsable turc, cité à l'occasion du sommet. Cette accélération concernerait en particulier certains équipements critiques, sans qu'il soit précisé lesquels.
La vitrine de l'industrie nationale
La Turquie a déployé un dispositif de communication important autour de ses entreprises de défense. Des présentations de drones, de véhicules blindés et de systèmes de guerre électronique sont organisées pour les délégations étrangères. Le mois dernier, un salon international de l'armement à Istanbul avait déjà permis d'exposer les principaux fleurons locaux, comme Baykar, le fabricant des drones Bayraktar, ou Aselsan, spécialiste de l'électronique militaire.
Le chef de l'État turc a personnellement insisté sur le fait que son pays n'est plus seulement un acheteur d'armement mais « un producteur et un exportateur », capable de répondre aux besoins de l'Alliance. Ankara revendique une hausse significative de ses exportations de défense ces dernières années, notamment vers des pays africains, asiatiques et d'Europe orientale.
Un contexte politique tendu
Ce sommet intervient dans une ambiance diplomatique complexe. Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, s'est rendu à Washington fin juin pour tenter d'apaiser les relations avec le président américain Donald Trump, qui reproche à ses alliés européens leur manque de « loyauté », en particulier après leur refus de s'engager militairement aux côtés des États-Unis en Iran. Ces tensions pèsent sur les discussions à Ankara, où doit être abordée la question du financement de la défense collective.
Par ailleurs, une partie de l'opposition turque estime que la mise en scène de la puissance militaire et industrielle par le pouvoir ne reflète pas la réalité économique du pays. Des responsables de l'opposition ont averti que cette image de stabilité serait trompeuse, alors que l'inflation reste élevée et que la livre turque continue de se déprécier. Le pouvoir rétorque que l'essor de l'industrie de défense profite à l'ensemble de l'économie et crée des emplois qualifiés.
Des enjeux multiples pour l'Alliance
Au-delà de l'image, la Turquie espère obtenir des commandes concrètes de la part de ses partenaires de l'Otan. Plusieurs pays membres, notamment en Europe de l'Est, se sont déjà équipés en drones turcs. La question de l'interopérabilité des systèmes d'armes et du partage de technologies sensibles devrait également figurer à l'ordre du jour des réunions.
Le sommet d'Ankara est aussi l'occasion pour Ankara de rappeler son rôle stratégique au sein de l'Alliance, avec la plus grande armée de l'Otan après les États-Unis. Le pays abrite par ailleurs la base aérienne d'Incirlik, cruciale pour les opérations américaines au Moyen-Orient.
Une démonstration de puissance calculée
En organisant ce sommet chez lui, le président Erdogan cherche à renforcer sa stature sur la scène internationale. Il s'affiche aux côtés des dirigeants des trente-deux nations membres, dont Donald Trump, avec qui il entretient des relations contrastées, faites de tensions commerciales et de coopération militaire.
Le choix de la date n'est pas anodin : il intervient à un moment où la Turquie cherche à diversifier ses partenariats stratégiques, entre son appartenance à l'Otan et ses relations ambiguës avec la Russie. La démonstration de force industrielle vise à rassurer les alliés tout en affirmant une autonomie croissante.
Reste à savoir si cette vitrine technologique suffira à dissiper les inquiétudes des partenaires sur la trajectoire politique et économique du pays. Les débats sur les dépenses de défense et la solidarité au sein de l'Alliance devraient occuper une large place dans les discussions des deux jours à venir.