Le sommet de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) s'ouvre ce mardi 7 juillet à Ankara, offrant à la Turquie une tribune inédite pour exposer ses capacités industrielles dans le domaine de la défense. Le pays hôte, qui abrite le siège de l'état-major de l'Alliance depuis 1952, entend profiter de cette vitrine pour confirmer son statut d'acteur majeur de l'armement.

Des chaînes de production dopées

Haluk Bayraktar, le directeur général du groupe Baykar, spécialisé dans les drones de combat, a livré un chiffre frappant pour illustrer la transformation de l'outil industriel turc : « Ce que nous faisions en un an, nous le faisons désormais en une semaine. » Une accélération spectaculaire qui, selon lui, résulte d'investissements massifs et d'une intégration verticale poussée.

Baykar, connu pour son drone TB2, exporte aujourd'hui ses appareils vers 35 pays. Les ventes à l'étranger représenteraient 80 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. Le dirigeant a précisé que la société avait livré plus de 600 systèmes aériens sans pilote depuis le début de la production en série.

Un secteur en plein essor

Les données officielles turques confirment cette dynamique. Le chiffre d'affaires global de l'industrie de défense du pays a atteint 15,5 milliards de dollars en 2025, en hausse de 20 % par rapport à l'année précédente. Les exportations se sont élevées à 7,8 milliards de dollars sur la même période. Le nombre de projets en cours est passé d'environ 220 à plus de 1 000 en une décennie, selon les autorités.

Ankara affiche clairement son objectif : parvenir à une autonomie complète dans la production d'armements, tout en réduisant sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers. Le pays a notamment développé son propre char d'assaut (Altay), son hélicoptère d'attaque (T129 ATAK) et son missile sol-air longue portée (Siper).

Un contexte géopolitique tendu

Ce sommet intervient dans un climat de tensions au sein de l'Alliance. Le président américain Donald Trump, qui participe à la réunion, a exprimé son mécontentement face au refus des alliés européens de s'engager à ses côtés dans le conflit avec l'Iran. Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, avait tenté en amont d'apaiser les esprits lors d'une visite à la Maison-Blanche, sans parvenir à dissiper les réserves américaines.

La Turquie se trouve elle-même dans une position complexe. Membre de l'Otan, elle a néanmoins acquis le système de défense antiaérienne russe S-400 en 2019, ce qui lui a valu des sanctions américaines et son exclusion du programme du chasseur F-35. Depuis, Ankara cherche à équilibrer ses relations avec Moscou et Washington, tout en renforçant sa propre base industrielle.

Une vitrine contestée

Si le pouvoir exécutif turc présente ce sommet comme la preuve de la réussite économique et militaire du pays, l'opposition politique met en garde contre ce qu'elle considère comme une image trompeuse. Plusieurs voix critiques soulignent que la croissance du secteur de la défense n'efface pas les difficultés économiques persistantes, notamment l'inflation élevée et la dépréciation de la livre turque.

Pour le président Recep Tayyip Erdogan, l'enjeu est double : il s'agit à la fois de montrer sa puissance régionale et de renforcer sa proximité avec Donald Trump, dans l'espoir d'obtenir des allègements de sanctions et de nouveaux contrats militaires. La tenue du sommet à Ankara est perçue comme une reconnaissance de l'importance stratégique de la Turquie au sein de l'Alliance atlantique.