La réalisatrice canadienne Sophy Romvari s’est confiée à l’occasion de la sortie de son premier long-métrage, « Blue Heron », qui entrelace tragédie familiale et retour aux sources. Dans un entretien, elle dévoile les racines profondément personnelles de cette œuvre, née de la perte de son frère aîné survenue alors qu’elle avait 15 ans.
Le film, dont l’action se déroule dans la région ontarienne, suit le parcours d’une femme qui revient dans la maison familiale après le décès de son frère. Romvari décrit cette œuvre comme une exploration des silences, des gestes non dits et de la manière dont une famille recompose son quotidien face à l’absence. « Il y a tellement d’histoires qui n’ont pas besoin de devenir des films », explique-t-elle, justifiant ainsi sa démarche de ne convoquer que les récits qui s’imposent à elle.
Née à Budapest avant d’immigrer au Canada, la cinéaste s’était déjà fait remarquer par une série de courts métrages souvent autobiographiques. Avec « Blue Heron », elle franchit le cap du long format tout en conservant une approche minimaliste et sensorielle. Le titre fait référence à un oiseau aperçu lors d’un moment charnière de sa vie, devenu symbole de la mémoire et de la résilience dans le film.
Romvari insiste sur le fait que le deuil ne constitue pas un sujet qu’elle a choisi, mais une matière première qui a émergé naturellement. « Je ne voulais pas faire un film sur la mort, mais sur la vie qui continue autour d’elle », précise-t-elle. Le long-métrage se distingue par sa direction d’acteurs épurée et sa photographie qui capte les paysages hivernaux de l’Ontario, miroir des émotions contenues des personnages.
La réalisatrice revient également sur son rapport au cinéma d’auteur, marqué par les œuvres de Carl Theodor Dreyer ou de Chantal Akerman. Elle dit chercher une forme de vérité dans le regard, les longues prises et les espaces vides. « Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe entre les répliques », affirme-t-elle.
« Blue Heron » a été présenté dans plusieurs festivals internationaux et a suscité l’attention pour sa manière sensible d’aborder la perte. Avec ce premier long-métrage, Sophy Romvari affirme une voix cinématographique singulière où l’intime se fait universel.