Les autorités talibanes ont imposé une interdiction des téléphones intelligents à tous les fonctionnaires et membres des forces armées afghanes, une mesure qui a déjà commencé à être mise en œuvre dans plusieurs provinces. Selon un ordre écrit émanant de la plus haute cour du pays, toute personne surprise en train d'utiliser un smartphone sur son lieu de travail verra son appareil brisé et s'exposera à des sanctions disciplinaires.

La décision, qui est entrée en vigueur à partir du milieu du mois de juin, a été confirmée par huit fonctionnaires, policiers et professionnels de l'éducation dans cinq provinces différentes. Un responsable des communications de la province de Daikundi a indiqué que l'ordre avait été reçu et était en cours d'application. Un autre responsable provincial ainsi qu'un attaché de presse de la Cour suprême, s'exprimant sous couvert d'anonymat, ont également attesté de la mise en œuvre de la mesure.

Des images de destruction de téléphones diffusées

Parallèlement à l'application de cette interdiction, des vidéos montrant des responsables talibans en train de détruire des smartphones ont circulé. On y voit des agents brisant des appareils à l'aide d'outils, une mise en scène destinée à dissuader toute infraction. Ces images ont suscité l'inquiétude parmi les défenseurs des droits humains, qui craignent que cette interdiction ne soit le prélude à une restriction nationale plus large visant l'ensemble de la population.

L'ordre de la plus haute cour n'a pas fourni de justification officielle à cette interdiction. Cependant, des observateurs y voient un nouveau resserrement du contrôle exercé par le régime taliban sur les moyens de communication, alors que le pays est déjà soumis à un isolement économique et à des coupures drastiques de l'aide internationale. De nombreuses administrations, privées d'accès à des outils modernes, se tournent vers les appels téléphoniques classiques pour remplacer des applications comme WhatsApp, largement utilisée jusque-là.

Un climat de répression élargi

Cette mesure s'inscrit dans un contexte de durcissement plus général de la part des talibans. Début juin, au moins trente femmes ont été arrêtées dans la ville d'Hérat, dans l'ouest du pays, pour des supposées violations du code vestimentaire, selon la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA). Ces arrestations ont provoqué de rares protestations dans le district d'Injil, une zone majoritairement chiite, déjà exposée à l'insécurité et aux discriminations de la part du régime sunnite extrémiste.

Les forces talibanes ont répondu par la violence à ces rassemblements, ouvrant le feu sur les manifestants. Au moins deux personnes ont été tuées, dont un enfant, et plus d'une vingtaine d'autres ont été blessées, selon la MANUA et des groupes de défense des droits humains. Les talibans ont nié les informations concernant les arrestations, mais ces événements ont ravivé la colère des militantes des droits des femmes et accentué les craintes quant à l'emprise croissante du régime sur l'espace public.

Des membres du Réseau du mouvement des femmes afghanes, qui ont requis l'anonymat pour des raisons de sécurité, ont décrit ces arrestations comme faisant partie d'un système répressif plus large. L'interdiction des smartphones pour les agents de l'État et l'armée, couplée à la répression des protestations et au contrôle accru des femmes, témoigne d'une volonté du régime taliban de verrouiller toute forme de contestation et de limiter les outils de communication, même au sein de son propre appareil.