Les autorités talibanes ont imposé une interdiction stricte des smartphones à l’ensemble des agents de la fonction publique et des militaires afghans, une mesure entrée en vigueur cette semaine. Selon un décret émanant de la plus haute instance judiciaire du régime, la Cour suprême, tout employé pris avec un téléphone intelligent sur son lieu de travail verra ce dernier confisqué et détruit, et s’expose à des poursuites disciplinaires. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des responsables gouvernementaux en train de briser des téléphones à l’aide d’outils, dans ce qui semble être une mise en scène destinée à montrer l’application de la directive.

Plusieurs cadres administratifs dans cinq provinces ont confirmé l’authenticité de l’ordre et indiqué que sa mise en œuvre avait débuté dans leurs services. Un responsable des communications de la province de Daikundi a précisé que l’administration locale avait reçu la consigne et procédait à son application. Un autre employé de l’administration provinciale, ainsi qu’un attaché de presse de la Cour suprême, ont corroboré ces informations, sous couvert d’anonymat, n’étant pas autorisés à s’exprimer publiquement. La directive ne fournit aucune justification officielle à cette interdiction, mais elle survient dans un contexte où le régime cherche à renforcer le contrôle sur les communications et à limiter les contacts avec l’extérieur.

Cette interdiction intervient alors que les talibans intensifient leur emprise sur la société afghane. Début juin, au moins trente femmes ont été arrêtées dans la ville d’Hérat, dans l’ouest du pays, pour infraction présumée au code vestimentaire, selon la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (UNAMA). Ces arrestations ont déclenché des manifestations inédites dans le district d’Injil, une zone à majorité chiite, déjà confrontée à l’insécurité et à la discrimination de la part du régime sunnite radical. Les forces talibanes ont ouvert le feu sur les manifestants, faisant au moins deux morts — dont un enfant — et plus de vingt blessés, d’après l’UNAMA et des organisations de défense des droits humains. Le gouvernement a rejeté les accusations d’arrestations, mais les faits ont provoqué l’indignation des militantes des droits des femmes.

Des restrictions qui révèlent une profonde inquiétude

Les analystes interprètent ces mesures comme le signe d’une profonde anxiété au sein du régime, qui cherche à verrouiller toute possibilité de contestation. L’interdiction des smartphones prive les fonctionnaires et les soldats d’un outil de communication essentiel, notamment des applications comme WhatsApp, largement utilisées pour le travail quotidien en raison de l’isolement économique du pays et de la coupure des aides internationales. Plusieurs agences gouvernementales cherchent désormais des alternatives, revenant aux appels téléphoniques classiques.

Des activistes craignent une extension de la mesure

Si le décret ne cible actuellement que les agents de l’État et les militaires, des observateurs redoutent qu’il ne s’étende à l’ensemble de la population. Des vidéos montrant la destruction ostentatoire d’appareils par des officiels talibans alimentent ces craintes. Des membres du Réseau du mouvement des femmes afghanes, qui ont requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, ont qualifié ces pratiques de « système de répression généralisé ». Les restrictions sur les smartphones, combinées aux arrestations et à la violence contre les manifestantes, illustrent une volonté du régime de contrôler non seulement les déplacements et le comportement des femmes, mais aussi les canaux de communication.

Conclusion

Ces nouvelles mesures s’inscrivent dans une série de restrictions qui érodent les libertés fondamentales en Afghanistan. Le régime taliban semble déterminé à museler toute opposition, en ciblant à la fois les outils de communication modernes et les droits des femmes. La communauté internationale suit avec inquiétude l’évolution de ces politiques, alors que les témoignages et les images qui filtrent malgré la censure dressent un tableau alarmant de la situation dans le pays.