Le gouvernement taliban a imposé une interdiction des téléphones portables à l’ensemble de ses fonctionnaires et de ses forces armées, une mesure qui suscite l’inquiétude dans un pays où la communication passe largement par des applications comme WhatsApp.
Un décret émanant de la plus haute juridiction du pays, la Cour suprême, a été rendu public récemment. Selon le texte, tout agent public ou militaire pris en possession d’un smartphone sur son lieu de travail verra son appareil brisé et pourra faire l’objet de poursuites disciplinaires. Aucune justification officielle n’a été fournie par les autorités pour expliquer cette décision.
Huit fonctionnaires, policiers et enseignants de cinq provinces différentes ont confirmé l’authenticité de l’ordre et indiqué que sa mise en œuvre avait déjà débuté dans leurs bureaux. « Nous avons reçu l’ordre et sommes en train de l’appliquer », a déclaré Khalid Ahmad Fazli, responsable des communications dans la province de Daikundi. Un autre responsable provincial et un attaché de presse de la Cour suprême ont également attesté de l’entrée en vigueur de la mesure, sous couvert d’anonymat.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des responsables talibans en train de détruire des téléphones, apparemment dans le cadre de l’application de cette interdiction. Certains observateurs redoutent que cette restriction, qui ne concerne pour l’instant que les agents de l’État, ne soit étendue à l’ensemble de la population.
Un contexte de durcissement général
Cette nouvelle mesure s’inscrit dans un mouvement plus large de renforcement du contrôle exercé par les talibans sur la société afghane. Au début du mois de juin, selon la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), au moins trente femmes ont été arrêtées dans la ville d’Hérat pour violation présumée du code vestimentaire. Ces arrestations ont provoqué de rares manifestations dans le district d’Injil, une zone à majorité chiite, déjà marquée par l’insécurité et la discrimination. Les forces talibanes auraient ouvert le feu sur les manifestants, tuant au moins deux personnes, dont un enfant, et en blessant plus d’une vingtaine d’autres. Les autorités ont démenti les informations concernant ces arrestations.
Des militantes des droits des femmes, qui ont requis l’anonymat par crainte de représailles, ont qualifié ces événements de répression systématique. L’interdiction des smartphones est perçue comme un nouveau pas vers un isolement accru du pays et un contrôle renforcé des communications.
Certaines administrations cherchent déjà des alternatives, revenant aux appels téléphoniques classiques pour remplacer WhatsApp, application de messagerie sur laquelle elles s’appuient massivement pour gérer un pays de 45 millions d’habitants, isolé économiquement et confronté à un conflit avec le Pakistan voisin. Les représentants du gouvernement n’ont pas répondu aux demandes d’éclaircissements.