Tesla a franchi une nouvelle étape dans sa diversification vers l'infrastructure dédiée à l'intelligence artificielle. Le constructeur a déposé une demande d'enregistrement de la marque « Megapod » auprès de l'office américain des brevets (USPTO) le 18 juin 2026. Ce document, qualifié d'« intent-to-use », signifie que l'entreprise revendique le nom pour un produit non encore commercialisé.
La description officielle du Megapod est inhabituellement détaillée pour un dépôt de marque. Elle couvre des systèmes matériels de datacenter modulaires destinés au calcul pour l'intelligence artificielle, incluant des serveurs informatiques, du matériel de traitement de données d'IA, des équipements de réseau, des unités de distribution électrique et des systèmes de refroidissement. S'ajoute un logiciel téléchargeable de supervision et de gestion de l'infrastructure. L'ensemble se présente comme une unité intégrée et autonome, conçue pour être déployée en un bloc prêt à l'emploi.
Ce projet intervient moins d'un an après l'arrêt officiel du supercalculateur Dojo en août 2025. Elon Musk avait alors qualifié cette architecture d'impasse évolutive, entraînant le départ des ingénieurs clés. Les puces de remplacement AI5 et AI6, confiées au fabricant Samsung, ont accumulé des retards et la production de masse de l'AI6 n'est pas attendue avant la fin de l'année 2027. Aujourd'hui, Tesla ne conçoit pas de processeurs d'IA commercialisés, mais demeure un client majeur de Nvidia : son cluster d'entraînement « Cortex », situé au Texas, s'appuie sur des dizaines de milliers de GPU H100.
L'intérêt du Megapod ne réside donc pas dans les puces qu'il contiendra, mais dans son enveloppe technique. La société a acquis une reconnaissance dans les systèmes de batteries de grande échelle, avec ses Megapack et Megablock, déjà largement vendus aux infrastructures de calcul pour stabiliser les réseaux électriques. En combinant cette expertise en électronique de puissance, en climatisation industrielle et en structures préfabriquées, Tesla espère commercialiser une plate-forme standardisée capable d'accueillir des architectures de référence, comme les racks Blackwell de Nvidia.
Le dépôt de marque ouvre également la perspective d'une connexion entre les futures installations de calcul et le réseau de Superchargeurs de Tesla. Cette piste, évoquée dans les documents, suggère que les stations de recharge pour véhicules électriques pourraient servir de points d'alimentation ou de déploiement pour des nœuds de calcul modulaires, transformant ainsi l'infrastructure de bornes en ressource pour l'IA.
En proposant un datacenter modulaire clé en main, Tesla se positionne sur un segment en forte croissance, où des acteurs comme Dell, Hewlett Packard Enterprise ou Supermicro proposent déjà des solutions pré-intégrées. Toutefois, l'avantage concurrentiel de Tesla réside dans sa maîtrise de la gestion énergétique, domaine critique pour les datacenters dont la consommation électrique explose avec l'essor des modèles d'IA générative.
La marque Megapod n'est pour l'heure qu'une déclaration d'intention, mais elle signale une inflexion stratégique : plutôt que de concevoir ses propres processeurs, Tesla mise sur son savoir-faire industriel dans les systèmes d'alimentation et de refroidissement pour fournir l'écrin des futures architectures d'IA. Reste à connaître le calendrier de lancement et les partenaires technologiques qui accompagneront ce déploiement.