À son arrivée aux Pays-Bas la semaine dernière pour entamer un master à l’université Radboud, Amira Al-Khatib a ressenti un mélange de soulagement et de chagrin. Cette jeune femme de 24 ans, originaire de Gaza, a obtenu une licence en génie des systèmes informatiques à l’université Al-Azhar de Gaza en 2025. Grâce à une bourse internationale, elle a pu quitter le territoire palestinien, mais le départ a été déchirant.
« Je suis très reconnaissante envers tous ceux qui m’ont soutenue, et pourtant quitter Gaza a été l’un des moments les plus difficiles que j’aie jamais vécus », a-t-elle confié depuis son nouveau logement à Nimègue. Pendant les deux dernières années, elle a étudié dans un environnement où la connexion Internet était loin d’être acquise. Le seul endroit où elle parvenait à capter un signal se situait sur le toit de sa maison. « J’ai réalisé mon projet de fin d’études avec des drones qui survolaient la zone, mettant la main sur le cœur toutes les quelques minutes, espérant survivre assez longtemps pour le terminer », se souvient-elle.
Un système éducatif en ruines
Le conflit entre Israël et le Hamas a profondément affecté l’ensemble du système éducatif de la bande de Gaza. Selon les informations disponibles, plus de 95 % des campus auraient été touchés par les combats. Les infrastructures scolaires et universitaires ont subi des dommages considérables, forçant les étudiants à chercher d’autres lieux pour étudier, quand ils parviennent à le faire. Nombre d’établissements ont dû développer l’enseignement en ligne, mais les coupures d’électricité et l’accès limité à Internet rendent cette solution difficile pour une grande partie de la population étudiante.
Al-Khatib explique son choix de poursuivre un master en science des données et intelligence artificielle par une volonté de servir sa communauté. « Les ingénieurs qui ont vécu la guerre comprennent, peut-être mieux que quiconque, ce dont nos communautés ont réellement besoin », affirme-t-elle. « Mon rêve est d’aider à construire des systèmes technologiques qui restent fiables même en période de crise humanitaire et d’urgence. »
Des destins contrastés
Le parcours d’Amira Al-Khatib illustre une réalité à deux vitesses. D’un côté, une poignée d’étudiants parviennent à obtenir des bourses et à quitter Gaza pour poursuivre leurs études à l’étranger, souvent grâce à des programmes d’urgence mis en place par des universités européennes ou des organisations internationales. De l’autre côté, la grande majorité des jeunes Gazaouis se trouvent dans une situation d’attente, sans perspective immédiate de reprise des cours en présentiel ni de départ.
Les autorités locales et les organisations humanitaires peinent à fournir des solutions adaptées face à l’ampleur des destructions. Les enseignants et professeurs, eux aussi déplacés ou vivant sous les bombes, tentent d’assurer un suivi pédagogique minimal. Mais les conditions de sécurité, le manque de matériel et l’effondrement des infrastructures compliquent toute tentative de normalisation.
L’enseignement à distance comme unique bouée
Pour pallier l’impossibilité de se réunir physiquement, plusieurs universités de Gaza ont considérablement élargi leur offre de cours en ligne. Ces dispositifs permettent à certains étudiants de continuer à suivre des enseignements, mais ils restent inaccessibles pour ceux qui n’ont ni électricité stable ni connexion fiable. Les témoignages recueillis font état de jeunes qui doivent marcher des kilomètres ou monter sur les toits pour capter un réseau, risquant leur sécurité à chaque déplacement.
La communauté internationale est interpellée pour financer des bourses d’études d’urgence et soutenir la reconstruction du système éducatif gazaoui. Cependant, les appels se heurtent à la complexité du contexte politique et aux difficultés d’acheminement de l’aide. Pour l’instant, seuls quelques cas individuels comme celui d’Amira Al-Khatib trouvent une issue favorable, laissant des milliers d’autres jeunes dans l’expectative.
Alors que le cessez-le-feu reste fragile, l’avenir éducatif de toute une génération de Gazaouis demeure suspendu. Ceux qui ont pu partir ont gagné une chance, mais aussi la douleur de la séparation. Ceux qui restent vivent au rythme des frappes et des black-out, espérant pouvoir un jour reprendre le chemin de l’école, quel que soit l’état de leurs salles de classe.