Genève. La signature électronique d'un protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran ne met pas fin à la controverse sur l'équilibre des forces au Moyen-Orient. L'administration Trump a immédiatement qualifié ce texte d'«échec des États-Unis», tandis que les autorités iraniennes y ont vu une «victoire totale». Au-delà des déclarations politiques, des analyses indépendantes et des images satellites récentes jettent un éclairage différent sur la réalité des capacités militaires de la République islamique.
Un bilan humain et matériel lourd
Le conflit, qui a débuté le 28 février par l'élimination du Guide suprême Ali Khamenei, a duré plus de cent jours. Selon des recoupements d'ONG et d'observateurs, plus de sept mille six cents personnes ont perdu la vie, dont trois mille six cent trente-six en Iran, trois mille huit cents au Liban, treize militaires américains et trois soldats français. Le coût de l'opération pour Washington est estimé à vingt-neuf milliards de dollars. Les bombardements américano-israéliens ont visé des milliers de cibles militaires, politiques, énergétiques, nucléaires et civiles. Des images satellites analysées par deux chercheurs américains montrent que mille deux cent soixante-neuf bâtiments ont été détruits ou endommagés à Téhéran, et sept mille six cent quarante-cinq dans l'ensemble du pays, dont soixante écoles et douze hôpitaux. Les Gardiens de la Révolution ont perdu plusieurs hauts responsables, dont leur commandant Mohammad Pakpour, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Larijani, le commandant de la Marine Alireza Tangsiri, ainsi que les ministres de la Défense et du Renseignement.
La question des missiles balistiques
L'un des principaux objectifs affichés de l'offensive était le démantèlement du programme balistique iranien. Le président Trump a déclaré que quatre-vingt-cinq pour cent des missiles avaient été neutralisés et que le reste était sous terre, inaccessible. Cette affirmation est toutefois contestée par des images satellites récentes, qui suggèrent que des infrastructures de lancement et des sites de production pourraient avoir été moins touchés que ce qui est avancé par la Maison-Blanche. Par ailleurs, en riposte aux frappes, l'Iran a mené des attaques contre des bases militaires américaines dans le Golfe, des infrastructures pétrolières et gazières, ainsi que des sites civils en Israël et aux Émirats arabes unis. Selon des estimations, au moins quarante-deux appareils américains, dont vingt-cinq drones, onze avions, cinq chasseurs et un hélicoptère, ont été détruits ou endommagés par des missiles et drones iraniens.
Un protocole d'accord qui ouvre des négociations difficiles
L'accord prévoit la prolongation du cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril sous médiation pakistanaise, la réouverture du détroit d'Ormuz, et l'ouverture de négociations sur le nucléaire iranien. Ces discussions s'annoncent extrêmement délicates, chaque camp campant sur des positions radicalement opposées quant à l'issue du conflit. Pour Téhéran, le simple fait d'avoir contraint les États-Unis à négocier et à signer un texte constitue une victoire. Pour l'administration Trump, l'échec est patent : l'objectif initial de décapitation totale du régime et d'élimination de sa capacité de nuisance n'a pas été atteint. Le successeur d'Ali Khamenei, son fils Mojtaba, a d'ores et déjà pris les rênes, et le programme balistique, bien qu'affaibli, n'a pas été anéanti.