Un an jour pour jour après le feu qui a dévasté le quartier de l'Estaque, à Marseille, le 8 juillet 2025, les habitants sinistrés continuent de dénoncer ce qu'ils considèrent comme une gestion défaillante de la catastrophe par les autorités. L'incendie, parti entre les Pennes-Mirabeau et l'Estaque, avait alors parcouru 750 hectares de végétation, détruit ou endommagé plus de 90 maisons, et marqué les esprits par sa violence et sa rapidité. Alors que la saison des feux s'annonce à nouveau précoce et intense dans les Bouches-du-Rhône, le sentiment d'inachevé et de vulnérabilité reste vif chez les victimes.
Des délais d'intervention controversés
Plusieurs résidents affirment que les secours ont mis plusieurs heures à parvenir jusqu'à leurs habitations, laissant les flammes se propager sans opposition. « Dans mon quartier, les pompiers ont mis six heures à arriver », rapportent certains témoins, qui estiment que ce retard a été déterminant dans la destruction de leurs biens. L'association des victimes de l'incendie du 8 juillet 2025 reproche à la préfecture un manque de transparence sur les conditions exactes de la lutte contre le sinistre et sur les choix tactiques opérés ce jour-là.
La chaîne de commandement en question
Le préfet des Bouches-du-Rhône est directement mis en cause par une partie des sinistrés. L'un d'eux affirme : « Le préfet nous a sacrifiés », suggérant que des décisions prises en amont – notamment la répartition des moyens aériens et terrestres – auraient privilégié d'autres priorités au détriment de la protection des habitations de l'Estaque. Selon les victimes, les carences dans la chaîne de commandement ont empêché une réaction rapide et coordonnée. Aucune enquête publique détaillée n'a pour l'heure été rendue publique, ce que dénonce l'association.
Une reconstruction à la traîne
Au-delà de la gestion de l'urgence, de nombreux foyers sinistrés peinent à se relever. Un an après, plusieurs habitants déclarent n'avoir toujours pas perçu d'indemnisation de la part de leurs assurances. « On n'a plus rien », résume un résident, tandis que la reconstruction de certaines maisons n'a même pas commencé, faute de moyens ou de décisions claires. Les démarches administratives sont décrites comme un parcours semé d'embûches, et le sentiment d'abandon par les pouvoirs publics est récurrent.
Des leçons déjà oubliées ?
Alors que la saison estivale reprend, les pompiers s'inquiètent des mêmes fragilités. Un responsable a déclaré, sobrement : « On ne mettra pas un camion derrière chaque maison », reconnaissant les limites des moyens disponibles face à l'extension du risque incendie. L'association des sinistrés estime que les mesures de prévention n'ont pas été renforcées de manière significative depuis la catastrophe, et que la préfecture ne « joue pas le jeu de la transparence » pour envisager une véritable protection dans la région.
Une situation explosive
Avec des températures élevées et une végétation sèche, les départs de feux se multiplient déjà dans le département. Le spectre de l'incendie de l'Estaque plane sur les quartiers les plus exposés. Pour les victimes, l'heure n'est pas seulement à la commémoration, mais à l'exigence de comptes. « Nous demandons que la lumière soit faite sur les défaillances de la chaîne de commandement ce jour-là, et que des mesures concrètes soient mises en place pour que cela ne se reproduise pas », insiste le représentant de l'association.
Un an après la tragédie, la promesse d'une reconstruction et d'une meilleure protection reste, aux yeux des sinistrés, largement lettre morte.