Un trafiquant d'êtres humains condamné en France pour avoir organisé le passage de centaines de migrants vers le Royaume-Uni vit désormais en Angleterre et y a sollicité le statut de réfugié. L'homme, identifié comme Twana Jamal, a été décrit par les autorités judiciaires françaises comme l'un des passeurs les plus prolifiques jamais démantelés.

Une peine de prison en France, une nouvelle vie au Royaume-Uni

Âgé de 36 ans au moment de sa condamnation, Twana Jamal, un Kurde irakien, a écopé d'une peine de cinq ans d'emprisonnement en 2016. Les procureurs avaient alors estimé ses revenus à près de 100 000 livres sterling par semaine, tirés du transport illégal de migrants à travers la Manche. Son surnom dans les camps, « Pacha » – un titre turc évoquant un haut rang – témoignait de son influence.

Entre 2012 et 2016, Jamal opérait principalement depuis le camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque, en faisant monter ses clients dans des camions de fret en direction du Royaume-Uni, contre 4 500 à 5 000 livres par personne. Il appartenait au réseau des « Ranya Boys », l'un des gangs kurdes que les agences de sécurité européennes jugent dominants dans le trafic transmanche depuis une quinzaine d'années.

Une demande d'asile et un emploi clandestin

Après avoir purgé sa peine, Jamal a réussi à entrer sur le sol britannique. Une enquête récente, déclenchée par une information reçue cette année, l'a localisé dans le village de Blaby, dans le Leicestershire. Les enquêteurs l'ont observé exerçant un emploi non déclaré, conduisant sans permis de conduire valide et utilisant un nom d'emprunt.

Confronté, Jamal a reconnu avoir déposé une demande d'asile et a déclaré « attendre toujours » une réponse. Plusieurs obstacles juridiques existent pour qu'un criminel condamné obtienne le statut de réfugié, mais son dossier est en cours d'examen.

Des dizaines d'autres passeurs signalés

Les investigations ont également mis au jour la présence d'au moins quinze autres passeurs condamnés à l'étranger qui vivraient aujourd'hui au Royaume-Uni sous des identités fictives. Selon des responsables des forces de l'ordre en Europe continentale, ce chiffre soulève de sérieuses interrogations sur l'efficacité des contrôles frontaliers et la vérification des antécédents criminels des demandeurs d'asile.

Des agents de l'immigration ont indiqué que, depuis la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'accès aux casiers judiciaires de certains pays s'est complexifié, rendant plus difficile le filtrage des individus ayant commis des infractions graves à l'étranger.

La réaction du gouvernement et de l'opposition

Le bureau des Affaires intérieures (Home Office) a fait savoir que « tous les demandeurs d'asile sont soumis à des vérifications de sécurité obligatoires afin de confirmer leur identité dans le cadre des contrôles d'immigration, de sécurité et de criminalité ». Il a également rappelé l'existence « d'un certain nombre d'accords avec d'autres pays permettant le partage d'informations sur les casiers judiciaires », et affirmé que les actions d'éloignement des étrangers en situation irrégulière atteignent actuellement leur plus haut niveau historique.

Des responsables politiques conservateurs ont estimé que Jamal devrait être expulsé sans délai, estimant que sa présence constitue une faille grave dans le système d'asile britannique. L'affaire relance le débat sur la sécurité des frontières et la capacité des autorités à détecter les criminels les plus dangereux parmi les personnes réclamant une protection internationale.