Un rapport qualifié d’« extrêmement sérieux » a été transmis à l’agence anticriminalité du Royaume-Uni (National Crime Agency, NCA) ces derniers jours, portant sur un don de 5 millions de livres (environ 5,8 millions d’euros) reçu par le parti Reform UK. Le signalement, qui émane d’une source non précisée, alerte sur les possibles implications juridiques et financières de cette transaction, alors que le parti et son ancien leader, Nigel Farage, sont déjà sous le feu des critiques.

Ce don, effectué par un investisseur thaïlandais dont l’identité a été révélée fin juin, a immédiatement suscité des interrogations au sein de la classe politique britannique. Plusieurs responsables conservateurs, dont la ministre Kemi Badenoch et l’ancien ministre Robert Jenrick, ont publiquement qualifié les circonstances de ce versement de « légitimes » à examiner. La dirigeante conservatrice a même exclu toute alliance avec Reform UK, estimant que ce don jetait une ombre sur la probité du parti.

Face à la pression croissante, Nigel Farage a annoncé le 7 juillet sa démission de son poste de député et sa candidature à une élection partielle dans la circonscription de Clacton. Cette décision, présentée comme un nouveau départ, intervient alors que son parti fait l’objet de deux enquêtes parlementaires distinctes, dont l’une visant des avantages non déclarés qu’il aurait reçus d’un entrepreneur en cryptomonnaies condamné pour fraude. Le gouvernement, de son côté, a annoncé son intention de durcir les règles sur les dons politiques, en réponse aux révélations successives.

Des révélations en cascade

Le contexte de ce rapport à la NCA s’inscrit dans une série de révélations qui ébranlent la formation politique fondée par Nigel Farage. Fin juin, un investisseur basé en Thaïlande a été identifié comme l’auteur du don de 5 millions de livres, une somme record pour un parti britannique en dehors des deux grandes formations traditionnelles. Puis, au début du mois de juillet, il est apparu que Nigel Farage n’avait pas déclaré plusieurs cadeaux, notamment des séjours et des prestations, fournis par un entrepreneur en cryptomonnaies condamné pour fraude aux États-Unis. Ces omissions ont déclenché des appels à une enquête parlementaire supplémentaire pour violation potentielle des règles de transparence.

Le 7 juillet, Nigel Farage a menacé la chaîne Sky News de « conséquences graves » après qu’un journaliste l’a interrogé sur ses finances lors d’une conférence de presse. Le même jour, il a officialisé sa démission et sa candidature à la partielle, affirmant vouloir « repartir de zéro » avec un mandat clair de ses électeurs. Cette annonce a été perçue par plusieurs observateurs comme une tentative de prendre de vitesse les investigations en cours.

Les implications juridiques du signalement

La transmission du rapport à la NCA, qualifié d’« extrêmement sérieux » par les sources proches du dossier, indique que les autorités judiciaires estiment que les éléments présentés pourraient relever d’infractions pénales, notamment en matière de blanchiment d’argent ou de financement illégal de parti. La NCA, équivalent britannique du parquet financier, est habilitée à ouvrir une enquête criminelle si elle estime les soupçons fondés.

Les règles britanniques sur les dons politiques imposent une transparence totale sur l’origine des fonds, avec un plafond de 5 000 livres pour les dons anonymes, et exigent que les donateurs soient enregistrés auprès de la Commission électorale. Dans le cas de ce don de 5 millions de livres, des questions persistent sur l’identité réelle du donneur thaïlandais et sur la légalité du transfert transfrontalier.

Réactions politiques et conséquences

L’opposition travailliste a réclamé des éclaircissements immédiats de la part du Premier ministre, tandis que les conservateurs, déjà en difficulté dans les sondages, tentent de se distancier de Nigel Farage tout en utilisant cette affaire pour affaiblir Reform UK. Kemi Badenoch a déclaré que « les électeurs ont le droit de savoir d’où vient l’argent qui finance les campagnes politiques ».

Nigel Farage, de son côté, a dénoncé une campagne de « harcèlement médiatique et politique » visant à le discréditer avant l’élection partielle. Par l’intermédiaire de son porte-parole, il a affirmé que le don de 5 millions de livres était « parfaitement légal et enregistré conformément à la loi » et que le rapport à la NCA était « une manœuvre de ses adversaires politiques ».

L’affaire pourrait avoir des répercussions importantes sur la crédibilité de Reform UK, qui se présentait comme un parti antisystème et intègre. Elle intervient alors que le gouvernement prépare une réforme des règles de financement des partis, qui pourrait inclure un abaissement du plafond des dons autorisés et un renforcement des contrôles sur les contributeurs étrangers.

En attendant de connaître la décision de la NCA, l’élection partielle de Clacton, prévue dans les semaines à venir, sera scrutée de près, non seulement pour son résultat électoral mais aussi pour son contexte judiciaire et financier.