Un engin martien repensé pour la Lune

La NASA étudie la possibilité de déployer sur la Lune un rover jusqu’ici cantonné à la Terre : PROMISE — acronyme de Polar Rover for Observation, Mapping and In-Situ Exploration. Il s’agit du modèle d’essai intégré des rovers martiens Curiosity puis Perseverance, conservé au Jet Propulsion Laboratory (JPL) en Californie. L’agence a officialisé cette piste le 30 juin, lors d’une mise à jour de son programme de base lunaire.

D’une masse d’environ une tonne, l’engin serait propulsé par un générateur thermoélectrique à radioisotopes multimissions (MMRTG), fonctionnant au plutonium‑238. Ce choix lui permettrait de se déplacer quelles que soient les conditions d’éclairage et de survivre aux nuits lunaires – des nuits de quatorze jours terrestres durant lesquelles les températures chutent à des niveaux extrêmes.

Jared Isaacman, l’administrateur de la NASA, a indiqué que l’agence « réfléchit très sérieusement » à cette option. Il a précisé que, bien que PROMISE ait été conçu pour Mars, les ingénieurs du JPL estiment que des modifications permettraient de l’adapter à l’environnement lunaire. « Nous avons ce matériel, et c’est exactement ce que nous devrions tenter de faire pour engranger des succès, en apportant une capacité comme PROMISE à la surface de la Lune », a‑t‑il déclaré.

Un “clone” nucléaire au service de la base lunaire

Le rover PROMISE servait jusqu’ici de banc d’essai au sol pour tester des commandes avant de les envoyer à Perseverance, actif sur Mars depuis juillet 2020, et à Curiosity, arrivé en novembre 2011. Selon Isaacman, après des années d’exploitation des deux véhicules martiens, la question s’est posée de l’utilité de conserver un troisième modèle de test sur Terre. « Nous avons ce matériel, financé par les contribuables. Alors la question a été posée : et si on l’envoyait sur la Lune ? », a‑t‑il expliqué.

Carlos García‑Galán, autre responsable de la NASA impliqué dans le projet de base lunaire, a souligné l’intérêt d’une telle machine pour le pôle Sud lunaire : « Disposer d’un RTG nucléaire nous permet d’aller où nous voulons, indépendamment de l’éclairage. Survivre à la nuit lunaire est l’un des plus grands défis ; avec cette capacité, nous n’aurions pas à nous en soucier. » Il a évoqué la possibilité de « longues traversées » dans des zones difficilement accessibles.

L’agence a également annoncé, le même jour, l’attribution de trois nouveaux contrats pour des atterrisseurs robotisés à des entreprises déjà partenaires – Astrobotic, Firefly Aerospace et Intuitive Machines – afin de renforcer sa flotte de missions robotiques.

Les défis techniques et le calendrier

En raison de la masse de PROMISE – équivalente à celle d’un gros SUV – son transport nécessiterait un atterrisseur de grande capacité. Les responsables ont cité Blue Moon, développé par Blue Origin, ou Starship, de SpaceX, comme les candidats les plus probables. L’engin embarquerait un MMRTG, un générateur dont la NASA dispose déjà et dont le plutonium‑238 se dégrade progressivement sans être utilisé.

Les scientifiques s’interrogent sur les instruments scientifiques à bord. Le rover martien possède une charge utile conçue pour l’étude géologique et atmosphérique de Mars ; une adaptation sera nécessaire pour répondre aux objectifs d’exploration lunaire, notamment la cartographie des ressources, l’étude du régolithe et la recherche de glace d’eau. Isaacman a estimé que cette mission représenterait un moyen « créatif » d’avancer dans la compréhension de l’environnement où la NASA souhaite établir une présence humaine de long terme.

Une mission aux implications multiples

Si elle se concrétise, l’expédition de PROMISE marquerait une première : un rover conçu pour Mars, propulsé par l’énergie nucléaire, opérant sur la Lune. La NASA souligne que les compétences acquises sur Mars – navigation en terrain accidenté, résistance aux poussières, autonomie énergétique – pourraient être mises à profit pour la préparation d’une base habitée.

L’agence n’a pas fixé de date de lancement, mais les déclarations du 30 juin suggèrent une décision rapide. L’idée, qualifiée « d’excellente capacité » par García‑Galán, suscite l’enthousiasme au sein de l’équipe lunaire. Le rover, qui n’était pas prévu pour quitter la Terre, pourrait ainsi connaître une seconde vie, bien loin de son berceau d’origine.