Les enquêteurs du bureau du shérif du comté de Kern ont exhumé, au cours d’une opération menée ces derniers jours, les dépouilles de 117 chiens sur le site du refuge « For The Love of K9s » (Pour l’amour des chiens), situé près de Bakersfield, en Californie. L’établissement se présentait publiquement comme un sanctuaire n’ayant jamais recours à l’euthanasie, selon les informations diffusées par les autorités locales.

Les fouilles, ordonnées après des signalements de résidents voisins et d’anciens bénévoles, ont révélé les carcasses enterrées sur une parcelle de terrain appartenant au refuge. Parmi les squelettes retrouvés, plusieurs présentent des impacts de balles, selon un premier rapport du vétérinaire légiste mandaté par la police. D’autres ossements montrent des fractures non soignées et des signes de malnutrition avancée.

Des pratiques éloignées de la promesse affichée

Fondé il y a une dizaine d’années, « For The Love of K9s » se présentait sur ses supports de communication comme un lieu d’accueil définitif pour chiens abandonnés, âgés ou malades, avec la promesse qu’aucun animal n’y serait mis à mort. Le refuge collectait des dons en ligne et organisait des campagnes de financement participatif pour couvrir les soins vétérinaires.

Des témoignages d’anciens employés et de bénévoles, recueillis par les médias locaux, font état de conditions de détention dégradantes : enclos surpeuplés, manque d’eau potable et absence de suivi médical. Plusieurs d’entre eux affirment avoir alerté à plusieurs reprises les responsables du refuge, sans obtenir de réponse.

Les propriétaires dans le collimateur de la justice

Le shérif du comté de Kern a annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle pour cruauté envers les animaux et dissimulation de cadavres. Les propriétaires du refuge, un couple âgé d’une soixantaine d’années, ont été placés en garde à vue et interrogés. Selon les autorités judiciaires, ils pourraient être poursuivis pour plusieurs dizaines de chefs d’accusation.

L’avocat des mis en cause a déclaré que ses clients « contestent fermement toute intention malveillante » et « coopèrent pleinement à l’enquête ». Il a précisé que le refuge accueillait, au moment des faits, un nombre d’animaux bien supérieur à sa capacité réelle, ce qui aurait compliqué la gestion quotidienne.

Une affaire qui relance le débat sur la régulation des refuges

Cette découverte macabre a provoqué une vive émotion dans la communauté des défenseurs des animaux aux États-Unis. Plusieurs associations de protection animale réclament un durcissement des contrôles et des obligations de transparence pour les refuges privés se réclamant de la philosophie « no-kill » (sans mise à mort).

Dans l’État de Californie, quelque 800 structures se présentent comme des refuges « sans euthanasie », mais les obligations légales de déclaration des décès et d’inspection sanitaire varient selon les comtés. Les élus locaux du comté de Kern ont promis l’examen d’une proposition de loi visant à imposer des inspections régulières et systématiques de tous les refuges, qu’ils soient publics ou privés.

Un crématorium défaillant et des adoptions suspendues

L’enquête a également révélé que le refuge était lié à une petite entreprise de crémation pour animaux, dont le permis avait été suspendu quelques mois plus tôt pour non-conformité aux normes sanitaires et environnementales. Les enquêteurs examinent si ce lien a pu favoriser la dissimulation des cadavres.

En attendant les conclusions de l’expertise médico-légale, qui devrait prendre plusieurs semaines, le refuge a été placé sous scellés et toutes les adoptions en cours ont été annulées. Les chiens encore vivants sur place – une vingtaine d’animaux – ont été confiés à un refuge public voisin, où ils font l’objet d’un suivi vétérinaire.

Une condamnation unanime

De nombreuses personnalités, dont des élus californiens et des militants de la cause animale, ont exprimé leur horreur face à ces révélations. « Ce sanctuaire était un enfer déguisé en paradis », a déclaré un sénateur local lors d’une conférence de presse. « Nous devons garantir que plus jamais un tel massacre ne puisse se produire sous couvert de bonnes intentions. »

L’affaire, largement relayée sur les réseaux sociaux, a suscité des appels au boycott des dons en ligne non vérifiés et à une meilleure traçabilité des fonds destinés aux refuges privés. La plateforme de collecte utilisée par « For The Love of K9s » a bloqué les comptes associés et annoncé une révision de ses procédures de contrôle.