Le maire de Roubaix, David Guiraud (La France insoumise), a assumé sa décision de ne pas baptiser une école municipale du nom de Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie assassiné en octobre 2020. Interrogé sur ce choix, l’élu a justifié sa position en estimant que les citoyens ayant proposé cette initiative auraient dû agir plus tôt, déclarant : « Vous avez eu six ans pour le faire ».

Cette déclaration a été faite en réponse à des demandes émanant de certains habitants et associations locales, qui souhaitaient que le nom de Samuel Paty soit donné à un groupe scolaire de la ville. David Guiraud a précisé que sa décision n’était pas un refus de principe de la mémoire de l’enseignant, mais qu’il considérait que le processus de dénomination devait suivre des règles et des délais impartis. « Ce n’est pas une opposition à l’hommage rendu à Samuel Paty, a-t-il expliqué. Mais il y a une procédure pour ces choses-là, et les propositions doivent être faites en amont ».

Un choix politique assumé

Le maire a par ailleurs souligné que la ville de Roubaix dispose déjà de plusieurs lieux portant des noms de figures liées à la laïcité et à l’éducation, et que la mémoire de l’enseignant est honorée dans d’autres cadres, comme des cérémonies officielles. Il a également évoqué le fait que la municipalité privilégie des dénominations locales ou liées à l’histoire de la ville, sans pour autant exclure définitivement le nom de Samuel Paty pour un futur équipement.

Des réactions contrastées

Cette position a provoqué des réactions vives au sein de la classe politique locale et nationale. Plusieurs élus de l’opposition municipale ont dénoncé un « manque de respect » envers la mémoire de l’enseignant, victime d’un attentat terroriste islamiste. Un conseiller municipal d’opposition a estimé que « refuser de donner le nom de Samuel Paty à une école, c’est insulter son combat pour la laïcité et la liberté d’expression ». D’autres, au contraire, ont apporté leur soutien au maire, arguant que la décision relève de la gestion municipale et que les hommages nationaux suffisent.

Un débat national sur la mémoire

Le refus de David Guiraud s’inscrit dans un contexte plus large de débats sur la manière de commémorer l’assassinat de Samuel Paty, qui a profondément marqué le pays. Plusieurs communes ont choisi de donner son nom à des écoles, des rues ou des places, tandis que d’autres hésitent ou refusent, provoquant des controverses. Pour certains, ce choix est un symbole fort de l’attachement à la laïcité, tandis que d’autres estiment que la décision doit tenir compte des sensibilités locales.

La Fédération des parents d’élèves de Roubaix a pris acte de la décision du maire, tout en appelant à un dialogue pour que la mémoire de Samuel Paty soit « correctement honorée dans la ville ». De son côté, le rectorat de Lille n’a pas commenté directement cette affaire, mais a rappelé que la dénomination des établissements scolaires relève de la compétence des communes.

Une position qui pourrait faire jurisprudence

Cette affaire pourrait encourager d’autres communes à revoir leurs procédures de dénomination, afin d’éviter des tensions similaires. Pour l’instant, le maire de Roubaix ne semble pas disposé à revenir sur sa décision, malgré les pressions. Il a réaffirmé que « le travail de mémoire ne se résume pas à un nom sur un bâtiment », insistant sur les actions éducatives menées dans les écoles de la ville.