Alors que l'introduction en Bourse de SpaceX, survenue en juin dernier, approchait, de nombreux investisseurs ont cherché des moyens de ne pas se retrouver exposés aux entreprises du milliardaire Elon Musk. Ses prises de position publiques, son rôle controversé au sein de l'administration américaine et un geste interprété comme un salut nazi lors de l'investiture de Donald Trump ont poussé une partie de la communauté financière à revoir ses allocations. Pour répondre à cette demande, deux nouveaux fonds négociés en Bourse (ETF) viennent d'être lancés sur le marché américain avec un critère inédit : ils excluent toutes les sociétés fondées, contrôlées ou dirigées par Elon Musk.

Une exclusion ciblée de SpaceX et Tesla Les promoteurs de ces ETF ont conçu des indices qui filtrent automatiquement les entreprises où Elon Musk détient une participation majoritaire ou un poste décisionnel. Concrètement, cela signifie que SpaceX – récemment introduite en Bourse – et Tesla, le constructeur automobile, sont écartées des portefeuilles. Les gérants précisent que l'objectif n'est pas de juger la performance financière de ces groupes, mais de répondre à une préoccupation éthique ou d'image exprimée par une partie des souscripteurs. Plusieurs grandes banques de Wall Street ont participé à la structuration de ces produits, qui se veulent une alternative aux ETF classiques suivant les grands indices, lesquels intègrent automatiquement SpaceX et Tesla une fois que ces titres remplissent les conditions d'éligibilité.

Un contexte de défiance croissante L'initiative intervient dans un climat de polarisation autour de la figure d'Elon Musk. Depuis son implication dans le département de l'efficacité gouvernementale (DOGE) sous l'administration Trump, ses publications sur le réseau social X et le geste jugé provocateur lors de la cérémonie d'investiture, plusieurs investisseurs institutionnels et particuliers ont exprimé le souhait de ne plus être associés, même indirectement, à ses affaires. Des analystes financiers interrogés sur le phénomène notent que la demande dépasse le simple boycott politique : certains gestionnaires de patrimoine cherchent à éviter les risques de réputation liés à la volatilité des déclarations du milliardaire. La création de ces ETF spécialisés traduit une évolution plus large des marchés, où les critères extra-financiers (ESG, exclusion sectorielle) s'étendent désormais aux personnalités considérées comme clivantes.

Quel impact sur l'inclusion dans les indices ? L'arrivée de SpaceX sur les marchés publics a accéléré la réflexion des comités d'indices boursiers. Plusieurs indices majeurs, comme le S&P 500 ou le Nasdaq-100, devraient inclure le titre dans leurs prochaines revalorisations trimestrielles. Or, de nombreux fonds passifs sont tenus de répliquer ces indices, ce qui contraindrait les investisseurs récalcitrants à détenir des parts de SpaceX. Les nouveaux ETF offrent ainsi une porte de sortie sans avoir à quitter complètement le marché actions. Leur succès initial – les souscriptions auraient atteint plusieurs centaines de millions de dollars en quelques jours, selon des sources proches des émetteurs – laisse penser que le créneau pourrait s'élargir. Certains concurrents planchent déjà sur des produits similaires ciblant d'autres entrepreneurs controversés, même si aucun lancement n'a encore été officialisé.

Un précédent pour la finance responsable Si les stratégies d'exclusion existent depuis longtemps pour le tabac, les armes ou les énergies fossiles, l'application à un individu précis constitue une nouveauté. Les promoteurs des ETF insistent sur le fait que la décision repose sur des critères objectifs – participation, contrôle, direction – et non sur une appréciation subjective du comportement. La SEC (régulateur des marchés américains) a validé la méthode après avoir examiné la transparence des indices sous-jacents. Reste à savoir si cette approche fera école : pour l'instant, aucun grand fonds de pension ou assureur n'a annoncé publiquement son intention de souscrire. Mais les premiers chiffres de collecte suggèrent que l'appétit pour des portefeuilles « sans Elon Musk » est bien réel.