La Société des Réalisateurs de Films (SRF) a refusé de signer la tribune « Zapper Bolloré » lors d'un vote marqué par de vifs échanges. La décision, selon plusieurs membres, visait à éviter de compromettre les négociations avec le groupe Canal+, partenaire clé du financement et de la diffusion du cinéma français.

Un refus pour ménager Canal+ La tribune « Zapper Bolloré » appelle les professionnels du cinéma à se détourner des chaînes et médias contrôlés par Vincent Bolloré, dont Canal+ est la pièce maîtresse. En signant ce texte, la SRF aurait pris le risque de tendre ses relations avec le groupe, un acteur essentiel pour la production et l'exposition des œuvres. « Il était impensable de mettre en péril le dialogue avec Canal+ », a confié un réalisateur membre du conseil d'administration, sous couvert d'anonymat.

Un vote au sein d'une assemblée divisée L'assemblée générale de la SRF, qui s'est tenue dans une atmosphère tendue, a finalement rejeté le texte à une majorité significative. Les débats ont opposé partisans d'une position forte contre l'influence de Vincent Bolloré et ceux qui privilégient la prudence économique. « Certains voulaient montrer leur opposition, mais la peur de représailles a pesé », explique un cinéaste présent.

Les professionnels du cinéma entre peur et silence Depuis ce vote, un malaise s'est installé dans le milieu. De nombreux professionnels, interrogés, refusent de s'exprimer publiquement. « La moindre réaction risque de se retourner contre nous », témoigne l'un d'eux, tandis qu'un autre confie : « On marche sur des œufs. Canal+ est indispensable, mais le silence nous étouffe. » Certains estiment que le boycott de Vincent Bolloré est un combat nécessaire, mais que le rapport de force est trop inégal.

Un débat plus large sur l'indépendance du cinéma Au-delà du cas spécifique de la tribune, cette affaire ravive les interrogations sur la dépendance du cinéma français vis-à-vis de quelques groupes privés. La SRF, qui défend traditionnellement la liberté de création, se trouve prise entre ses valeurs et les réalités économiques. Pour l'instant, les signataires de l'appel initial – une centaine de personnalités du cinéma – restent isolés.

Des conséquences encore incertaines Si la direction de Canal+ n'a pas réagi publiquement, plusieurs observateurs jugent que le refus de la SRF pourrait temporairement apaiser les relations. Mais l'absence de prise de position collective affaiblit la portée du mouvement. « Le cinéma français a tout à perdre à se taire, mais aussi à parler », résume un producteur. La polémique n'en est probablement qu'à ses débuts.