Buenos Aires – Le numéro deux du gouvernement argentin, Guillermo Francos, a été poussé à quitter son poste de chef de cabinet, après des révélations mettant en cause sa probité financière. Le président Javier Milei a simultanément annoncé la nomination de l'ancien ministre de la Sécurité, Aníbal Fernández, un vétéran de la politique péroniste, pour lui succéder.
Cette démission intervient dans le sillage d'informations de presse faisant état d'une enquête préliminaire pour enrichissement illicite visant M. Francos. Le magistrat chargé du dossier aurait ordonné des perquisitions et des saisies de documents comptables, quelques heures avant l'annonce officielle du départ du haut responsable. Les accusations porteraient sur des transferts d'argent suspects et une augmentation disproportionnée de son patrimoine depuis son entrée en fonction, en décembre 2023.
Le chef de l'État, qui avait fait de la lutte contre la corruption l'un des piliers de son mandat, a rapidement réagi. Dans un communiqué diffusé depuis la Casa Rosada, il a indiqué avoir accepté la démission de son collaborateur, tout en réaffirmant son engagement en faveur de la transparence et de l'exemplarité des agents publics. Javier Milei a également remercié Guillermo Francos pour les services rendus à la nation.
Aníbal Fernández, figure de l'ancien appareil d'État
Pour le remplacer, le président a fait le choix d'Aníbal Fernández, 68 ans, qui fut l'un des ministres les plus en vue des gouvernements de Néstor et Cristina Kirchner. Ancien ministre de la Sécurité, de la Justice et chef de cabinet sous la présidence de Cristina Fernández de Kirchner, il est perçu comme un expert des rouages de l'administration fédérale. Sa nomination, officialisée en urgence, vise à assurer la continuité du travail gouvernemental et à envoyer un signal de fermeté.
Cette décision a suscité des réactions contrastées au sein de la classe politique argentine. Les partisans de l'exécutif y voient un gage de compétence et d'expérience, dans un moment délicat pour l'équipe dirigeante. L'opposition, en revanche, s'interroge sur la cohérence du discours anti-caste de Javier Milei, qui appelle désormais à ses côtés un homme ayant occupé les plus hautes fonctions sous les gouvernements qu'il a tant critiqués durant sa campagne.
Le poids croissant des affaires
Cette crise intervient alors que le gouvernement Milei traverse une période de turbulences judiciaires. Plusieurs membres de l'exécutif ou de l'entourage présidentiel font l'objet d'enquêtes pour des faits de corruption présumée, ce qui fragilise le discours réformateur du président, élu sur la promesse d'éradiquer les pratiques politiques traditionnelles jugées clientélistes.
L'affaire Francos n'est que la dernière d'une série de scandales. Ces derniers mois, plusieurs proches du président ont été éclaboussés par des accusations de détournement de fonds et de prise illégale d'intérêts. La démission du chef de cabinet intervient après celle, quelques semaines plus tôt, d'un secrétaire d'État clé, impliqué dans une affaire de surfacturation de marchés publics.
Procédure judiciaire en cours
Selon des sources judiciaires, l'enquête pour enrichissement illicite visant Guillermo Francos en est encore à un stade préliminaire. Le parquet fédéral examine des mouvements financiers intervenus sur des comptes personnels et des sociétés liées à l'ancien chef de cabinet. Aucune mise en examen formelle n'a été prononcée à ce stade. L'intéressé, qui a nié toute malversation par l'intermédiaire de son avocat, a affirmé que ses avoirs provenaient de sources légitimes.
Son départ de l'administration ne scelle pas pour autant son avenir judiciaire. La justice argentine poursuit son instruction, qui pourrait déboucher sur des poursuites pénales dans les mois à venir. Pour le gouvernement Milei, l'enjeu est désormais double : dissiper les soupçons qui pèsent sur son action et maintenir la cohésion d'un cabinet déjà éprouvé par les départs successifs.