Oman et l'Iran ont officialisé, mardi 23 juin, leur volonté de travailler ensemble sur les aspects économiques de la gestion du détroit d'Ormuz. À l'issue d'une rencontre à Mascate entre une délégation iranienne et le sultan Haïtham ben Tarik, un communiqué conjoint a été rendu public, dans lequel les deux pays réaffirment leur « engagement à maintenir un passage sécurisé » à travers ce corridor maritime tout en insistant sur leurs droits souverains respectifs dans leurs eaux territoriales.

Un groupe de travail pour définir les modalités

Les deux capitales ont convenu de mettre en place un groupe de travail conjoint chargé de poursuivre les discussions. L'objectif affiché est de parvenir à un accord sur « la future administration de la navigation, les services qui seront fournis et les coûts associés », en conformité avec les normes internationales. Cette annonce intervient alors que le trafic dans le détroit a connu une reprise partielle ces derniers jours, après des mois de perturbations liées au conflit.

Le détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps ordinaire environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial, était libre de tout contrôle avant le déclenchement de la guerre le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Ce conflit a fait des milliers de morts et a profondément ébranlé l'économie mondiale. Téhéran avait verrouillé le passage pendant plusieurs semaines, avant qu'un protocole d'accord signé entre Washington et Téhéran la semaine précédente n'ouvre la voie à une reprise progressive du transit.

Une souveraineté réaffirmée

La déclaration conjointe met en avant le statut d'« États riverains » des deux pays, ce qui leur confère, selon eux, un rôle central dans l'organisation du passage. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf ont été reçus par le sultan d'Oman. Cette visite s'inscrit dans le cadre des efforts diplomatiques pour stabiliser la situation dans le golfe Persique.

Les discussions à Mascate ont porté sur les futures responsabilités administratives et financières liées au détroit. Aucun montant précis n'a été évoqué dans le communiqué, mais les deux parties se sont engagées à examiner les coûts des services qui seront fournis aux navires traversant la zone. Cette démarche vise à établir un cadre durable pour la navigation, après les turbulences provoquées par la guerre.

Un enjeu économique mondial

Le détroit d'Ormuz est l'un des points de passage les plus stratégiques pour les approvisionnements énergétiques mondiaux. Avant le conflit, des millions de barils de pétrole et des cargaisons de GNL y transitaient chaque jour. La fermeture imposée par Téhéran avait provoqué une flambée des prix des hydrocarbures et des tensions sur les marchés internationaux.

L'accord de principe entre Oman et l'Iran sur l'étude des coûts de gestion pourrait ouvrir la voie à une normalisation plus large de la situation. Le protocole d'accord signé entre Washington et Téhéran avait déjà permis la reprise de quelques traversées, notamment par un navire gazier français le 19 juin. Toutefois, les modalités précises de contrôle et de tarification restaient floues. L'initiative conjointe omano-iranienne vise à combler ce vide.

Un signal diplomatique

En choisissant de discuter bilatéralement des aspects financiers, Mascate et Téhéran envoient un signal clair sur leur volonté de gérer directement le détroit sans intervention extérieure. Le communiqué souligne que l'administration future devra respecter les normes internationales, ce qui pourrait rassurer les compagnies maritimes et les États consommateurs de pétrole.

La création de ce groupe de travail conjoint représente une étape concrète dans la sortie de crise autour d'Ormuz. Alors que les échanges diplomatiques se multiplient, la question des coûts de passage demeure un point sensible, notamment après que des propositions de « péage » américain ou de gestion partagée ont circulé. Oman, qui entretient des relations équilibrées avec l'Iran et les pays occidentaux, joue un rôle de médiateur dans ce dossier.

Reste à savoir si ce dialogue bilatéral aboutira à un accord formel avant la reprise complète du trafic. Les prochaines semaines seront décisives pour déterminer le modèle de gouvernance de cette voie d'eau vitale pour l'économie mondiale.