Le ministre kenyan de la Santé, Aden Duale, a déclaré mardi devant un tribunal avoir ordonné « la cessation immédiate et complète de toute construction, préparation du site ou activité connexe concernant l'installation de la base aérienne de Laikipia, dans l'attente de l'audition et de la décision de la requête au fond ou jusqu'à de nouvelles ordonnances de ce tribunal ». Cette annonce intervient un jour après que la même juridiction a reconnu le ministre coupable d'outrage pour n'avoir pas répondu à plusieurs injonctions de cessation émises fin mai et début juin.
Un projet controversé
Le projet, qui prévoit l'érection d'un centre de quarantaine de 50 lits destiné à accueillir des ressortissants américains évacués de la République démocratique du Congo (RDC) confrontée à une grave épidémie d'Ebola, suscite une vive opposition au Kenya. Des manifestants se sont rassemblés à plusieurs reprises près du site de Nanyuki, à environ 200 kilomètres au nord de Nairobi, et trois personnes ont trouvé la mort lors de heurts avec les forces de l'ordre.
Des organisations de défense des droits avaient saisi la justice, dénonçant un projet mené « en secret » et sans consultation publique. Les professionnels de santé kenyans se sont particulièrement mobilisés, estimant que l'installation risquait de fragiliser un système sanitaire déjà précaire et d'introduire le virus dans le pays, qui n'a pour l'instant enregistré aucun cas d'Ebola.
Des fonds américains au cœur des critiques
Le gouvernement kenyan a accepté une contribution de 13,5 millions de dollars des États-Unis pour la préparation à Ebola, une somme que de nombreux citoyens et soignants perçoivent comme un moyen de faire accepter un projet dangereux. La polémique est d'autant plus vive que l'épidémie en RDC, confirmée en mai dernier, comptait déjà 1 048 cas confirmés et au moins 267 morts au 22 juin, selon les autorités sanitaires.
Un revirement sous pression judiciaire
La décision du ministre Duale de suspendre les travaux fait suite à la procédure en outrage engagée contre lui. Il s'était vu notifier plusieurs ordonnances de suspension en mai et juin, qu'il n'avait pas respectées, ce qui a conduit le tribunal à le déclarer en faute. En se présentant mardi devant la cour pour annoncer l'arrêt du chantier, il a cherché à se conformer à la décision de justice.
La construction devait se dérouler sur la base aérienne de Laikipia, sous la supervision d'un personnel médical américain. Les opposants au projet estiment que la proximité de communautés locales et la circulation de personnes entre le site et les zones environnantes présentent des risques élevés de contamination.
Une opposition qui perdure
Alors que les travaux sont officiellement suspendus, les recours judiciaires se poursuivent. La requête au fond, qui conteste la légalité même du projet, doit encore être examinée. Les droits de l'homme et les syndicats médicaux appellent à une transparence totale et à une évaluation indépendante des risques sanitaires.
Le gouvernement kenyan n'a pour l'instant pas commenté publiquement la suite à donner à ce projet, alors que les relations avec Washington pourraient être affectées par cette affaire. La décision du ministre marque une étape importante dans ce dossier hautement sensible, mais ne clôt pas le débat sur la place des installations sanitaires étrangères sur le sol kenyan.