Plusieurs milliers de ressortissants malawites, dont de nombreux enfants, ont dû abandonner leur domicile ces derniers jours dans la région de Durban, en Afrique du Sud, après une recrudescence de menaces et d'agressions à caractère xénophobe. Un camp de fortune a été installé dans un parc de la ville portuaire, où plus de 3 000 personnes ont trouvé refuge, selon les témoignages recueillis sur place. Les autorités locales font face à une situation humanitaire précaire, avec des familles entières dormant à même le sol.

Des groupes armés et un ultimatum

Depuis plusieurs semaines, des groupes de manifestants armés de bâtons, de fouets et de boucliers parcourent certains quartiers en exigeant le départ des étrangers sans papiers avant le 30 juin. Cette date butoir, brandie par les organisateurs des manifestations, a plongé de nombreuses communautés étrangères dans la crainte. Des migrants originaires du Malawi, du Mozambique, du Zimbabwe, du Nigeria, du Ghana, du Burundi et d’Éthiopie sont pris pour cible, accusés de priver les Sud-Africains d’emplois et d’opportunités économiques.

Des témoignages de détresse

Dans le camp du parc de Sherwood, à Durban, des familles décrivent des scènes de violence et de perte totale de leurs biens. « C'est dur de rester ici, vous voyez que nous sommes dehors. Comment pouvons-nous rester dans ce froid ? Nos enfants peuvent tomber malades », a confié Falesi Chukuwumba, une ressortissante malawite. Sayiba John, 33 ans, qui a fui le township de Nazareth avec son mari et ses trois enfants, a raconté que sa fille, élève de deuxième année, a dû interrompre ses examens. « Ils ont dit que nous devions partir. Nous n'avons pas le choix », a-t-elle déclaré. Ellen Mwamulima, une veuve de 45 ans qui travaillait comme employée de maison à Mossel Bay, dans la province du Cap-Occidental, a échappé de justesse à une foule en colère. « Ils ont brûlé nos maisons et tous nos biens », a-t-elle expliqué.

Des violences qui s'étendent

Les violences ne se limitent pas à la région de Durban. Cinq Mozambicains ont été tués à Mossel Bay. Plus de 150 Malawites ont été évacués par bus hors de la province du Cap-Occidental le week-end dernier. Les gouvernements du Ghana, du Zimbabwe et du Mozambique ont déjà organisé le rapatriement de centaines de leurs ressortissants ce mois-ci. Un premier vol devant transporter des Nigérians est attendu depuis Johannesburg. Par ailleurs, environ 150 migrants supplémentaires, provenant du Burundi, d'Éthiopie et du Zimbabwe, se sont réfugiés dans un bâtiment public non loin du parc de Durban.

Un contexte politique tendu

Les marches anti-migrants sont soutenues par le parti MK, dirigé par l'ancien président Jacob Zuma, qui bénéficie d'un fort soutien dans la province du KwaZulu-Natal. Le parti a appelé ses sympathisants à manifester contre les migrants sans papiers, et des milliers de personnes ont répondu à l'appel. Un manifestant, Mythobisi Sabelo, a justifié la colère populaire : « Il y a des étrangers sans papiers qui travaillent partout dans notre secteur d'activité. Les gens ici cherchent du travail depuis longtemps et ont abandonné. Cela devient un problème. »

Des dénonciations d'un bouc émissaire facile

Si ces manifestants accusent les étrangers d'aggraver les difficultés économiques du pays, d'autres voix s'élèvent pour dénoncer l'instrumentalisation de ces tensions. Les étrangers, en particulier ceux originaires d'autres pays africains, seraient désignés comme boucs émissaires pour des problèmes structurels. L'Afrique du Sud connaît des vagues récurrentes de violences xénophobes depuis 2008, où des dizaines de migrants avaient été tués et des milliers déplacés. On estime qu'environ trois millions d'étrangers vivent dans le pays, soit près de 5 % de la population, dont plus de 63 % ressortissants de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Cette nouvelle flambée de violences intervient alors que les partis politiques font campagne en vue des élections locales de novembre.