L'Afrique du Sud fait face à une montée alarmante de la xénophobie. Un groupe anti-migrants, dont l'influence ne cesse de croître, a émis un ultimatum exigeant le départ de tous les immigrants en situation irrégulière d'ici le 30 juin. Cet ultimatum intervient dans un climat de violences accrues qui ont déjà coûté la vie à plusieurs personnes et poussé des milliers d'autres à fuir leurs foyers.
L'organisation en question, qui se présente comme défenseur des intérêts des citoyens sud-africains, accuse les migrants de tous les maux : chômage, criminalité, pression sur les services publics. Sur le terrain, ses partisans multiplient les actions intimidatoires. Les commerces tenus par des étrangers sont la cible d'attaques, des habitations sont incendiées. Des ressortissants malawiens, zimbabwéens ou somaliens ont été tués dans des affrontements ou des agressions ciblées.
Dans les quartiers populaires de Johannesbourg, la peur est palpable. Des familles entières se barricadent chez elles ou cherchent refuge dans des camps de fortune, souvent installés dans des églises ou des centres communautaires. « Ils peuvent te tuer », confie un migrant, résumant l'angoisse ambiante. Les autorités locales peinent à endiguer la vague de violence, malgré l'annonce de renforts policiers dans les zones les plus tendues.
Une économie sous tension
Les conséquences économiques de ce climat de tension sont déjà visibles. De nombreux commerçants étrangers, qui tiennent des échoppes dans les townships ou les centres-villes, ont fermé boutique par crainte de représailles. Cette paralysie commerciale affecte l'approvisionnement en biens de première nécessité et prive des quartiers entiers de services essentiels. Le secteur informel, pilier de l'emploi pour des millions de Sud-Africains, est durement touché.
Les organisations patronales redoutent une fuite des capitaux et une dégradation de l'image du pays auprès des investisseurs étrangers. L'Afrique du Sud, déjà aux prises avec un chômage endémique (plus de 30 % de la population active) et une croissance atone, ne peut se permettre une nouvelle crise. Certains analystes estiment que les discours xénophobes détournent l'attention des véritables causes du marasme économique, notamment la corruption et les inégalités structurelles.
Un risque de déstabilisation politique
La vague xénophobe met également sous pression le gouvernement. Le président Cyril Ramaphosa a condamné les violences et appelé au calme, mais ses appels peinent à se traduire en actes concrets. Le parti au pouvoir, l'ANC, est divisé : certains de ses membres locaux, dans un réflexe populiste, ferment les yeux sur les actions des groupes anti-migrants. L'opposition, de son côté, exploite le sujet pour gagner des voix, notamment dans les bastions ouvriers.
Les diplomates étrangers suivent la situation de près. Le Malawi a déjà organisé le rapatriement de plusieurs centaines de ses ressortissants, tandis que le Zimbabwe et le Mozambique ont exprimé leur inquiétude. Une escalade prolongée risquerait de ternir les relations régionales et de saper les efforts d'intégration économique en Afrique australe.
L'ultimatum du 30 juin
L'ultimatum fixé au 30 juin par le groupe anti-migrants est perçu comme une menace sérieuse. Ses responsables ont prévenu que des actions « de grande envergure » seraient menées contre les étrangers qui n'auraient pas obtempéré. Les autorités assurent avoir pris des mesures pour protéger les populations vulnérables, mais la confiance reste faible. Nombre de migrants, traumatisés par les violences passées, envisagent de quitter le pays définitivement.
Dans les townships, des patrouilles citoyennes se constituent, parfois avec la bénédiction tacite de la police locale. Des accusations de profilage ethnique et de passages à tabac arbitraires sont rapportées. La société civile appelle à une politique migratoire claire et à des sanctions contre les discours de haine.
Conclusion
Alors que l'échéance du 30 juin approche, l'Afrique du Sud retient son souffle. Le pays, qui avait déjà connu des épisodes de violences xénophobes meurtriers en 2008 et 2015, se trouve à un carrefour. Le choix entre répression et dialogue, entre populisme et justice sociale, déterminera l'avenir de sa stabilité politique et de sa prospérité économique.