Pour la première fois depuis le déclenchement des attaques ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières russes, le président Vladimir Poutine a admis mardi que la Russie faisait face à un « certain déficit » de carburant. Cette déclaration, rapportée par des agences de presse russes, marque une inflexion dans le discours du Kremlin, jusqu’alors axé sur le contrôle de la situation.

Reconnaissance officielle d’une crise

« Il y a un certain déficit de carburant, c’est un fait », a déclaré M. Poutine lors d’une réunion sur la situation énergétique, selon des propos cités par les agences TASS et Interfax. Le chef de l’État a toutefois tempéré ses propos en affirmant que le gouvernement prenait des mesures « suffisantes » pour y remédier. Il a notamment évoqué l’augmentation des livraisons de pétrole brut aux raffineries et la limitation des exportations de produits pétroliers.

Cette reconnaissance intervient alors que des files d’attente se forment devant les stations-service dans plusieurs régions, notamment dans le sud du pays et dans les zones proches du théâtre des opérations militaires. Des gouverneurs régionaux avaient déjà signalé des tensions depuis plusieurs semaines, mais Moscou avait jusqu’ici minimisé l’ampleur du problème.

Les frappes ukrainiennes en cause

Les autorités russes attribuent cette pénurie aux frappes de drones ukrainiens contre des raffineries et des dépôts pétroliers. Selon le ministère de la Défense russe, au moins une douzaine d’installations ont été visées ces dernières semaines, dont des sites majeurs dans les régions de Krasnodar, de Rostov et en Crimée annexée. Les attaques ont provoqué des incendies et des arrêts de production.

Les forces ukrainiennes ont revendiqué plusieurs de ces frappes, les présentant comme des représailles aux bombardements russes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Kyïv affirme vouloir réduire les capacités logistiques de l’armée russe.

Mesures d’urgence

Face à la détérioration de l’approvisionnement, le gouvernement russe a pris plusieurs mesures. La semaine dernière, l’état d’urgence a été décrété en Crimée, où la distribution de carburant au public a été suspendue. Parallèlement, Moscou a annoncé une interdiction des exportations de diesel à partir du 1er juillet, mesure qui devrait rester en vigueur jusqu’à la fin de l’année.

Des quotas de livraison ont également été imposés aux producteurs, et les autorités ont multiplié les appels à la « modération » de la consommation. Le vice-Premier ministre chargé de l’Énergie, Alexandre Novak, a assuré que les stocks stratégiques étaient « suffisants pour plusieurs mois », mais que la priorité était donnée au marché intérieur.

Réactions et inquiétudes

L’aveu de Vladimir Poutine a suscité des réactions contrastées en Russie. Des députés de l’opposition ont dénoncé une gestion « criminelle » de la crise et réclamé la création d’une commission d’enquête parlementaire. Les experts estiment que la pénurie pourrait perdurer tant que les frappes ukrainiennes se poursuivent.

Sur le plan économique, la flambée des prix à la pompe, déjà sensible depuis plusieurs semaines, risque de s’accentuer. Selon des données officielles, le prix du litre d’essence ordinaire a augmenté de près de 15 % en juin dans certaines régions, et celui du diesel de plus de 20 %.

Contexte stratégique

Cette crise énergétique intervient alors que l’armée russe mène une offensive majeure dans l’est de l’Ukraine, nécessitant d’importants volumes de carburant. Les difficultés d’approvisionnement pourraient affecter les capacités opérationnelles des forces russes, même si le Kremlin assure que les besoins militaires sont « totalement couverts ».

Les analystes soulignent que la vulnérabilité des raffineries russes, souvent situées à proximité des frontières ou en zone de conflit, constitue un point faible pour Moscou. Les frappes ukrainiennes, en touchant des installations clés, perturbent une chaîne logistique déjà sous pression.