Alan Greenspan, qui a présidé la Réserve fédérale des États-Unis de 1987 à 2006, s'est éteint à l'âge de 100 ans. Son décès met un terme à une vie consacrée à l'économie et à la finance, dont il a influencé les orientations pendant plus d'une génération.
Nommé à la tête de la banque centrale américaine par le président Ronald Reagan, Greenspan a supervisé une période de croissance économique soutenue, de faible inflation et d'expansion des marchés financiers. Sa stature, qualifiée de légendaire par plusieurs observateurs, lui a valu une influence considérable aux États-Unis comme à l'international. Il était perçu comme un maître de la politique monétaire, capable de naviguer les crises — du krach boursier de 1987 aux attentats du 11 septembre 2001 — avec une main réputée ferme.
Un héritage intellectuel controversé
Mais l'héritage de Greenspan est profondément ambivalent. Adepte convaincu de la dérégulation et de l'efficacité des marchés, il a constamment plaidé pour une intervention étatique minimale. Cette philosophie a façonné ses décisions à la Fed et son influence sur la politique économique américaine. La crise financière mondiale de 2008, dont les racines plongent dans la dérégulation financière que Greenspan avait largement soutenue, a porté un coup sévère à cette vision. Dans une audition au Congrès, il avait reconnu la faille de son idéologie, admettant que la crise l'avait contraint à repenser sa croyance dans l'autorégulation des marchés.
Un parcours long et influent
Avant de diriger la Fed, Greenspan avait bâti une carrière de conseiller économique auprès de plusieurs présidents républicains, dont Richard Nixon et Gerald Ford. Son passage à la tête de la banque centrale américaine a été marqué par des décisions qui continuent d'alimenter les débats parmi les économistes. Certains lui attribuent le mérite d'avoir piloté l'économie américaine avec succès pendant la majeure partie de son mandat ; d'autres lui reprochent d'avoir semé les germes de la crise de 2008 en maintenant des taux d'intérêt trop bas et en refusant de réguler les produits financiers complexes.
La nouvelle de sa disparition relance les discussions sur son influence durable. Il laisse derrière lui un héritage divisé : celui d'un technocrate charismatique mais dont les convictions, appliquées à l'échelle d'une économie mondiale, ont eu des conséquences dont les effets se font encore sentir aujourd'hui.