Alan Greenspan, qui a dirigé la Réserve fédérale des États-Unis de 1987 à 2006, est mort lundi 22 juin à l'âge de 100 ans à son domicile de Washington. L'annonce a été faite par son épouse, Andrea Mitchell, correspondante en chef à Washington pour NBC News. Selon son communiqué, la cause du décès est une complication de la maladie de Parkinson.
« C'était un homme d'une stature exceptionnelle, qui a contribué à façonner l'économie américaine pendant des décennies sous des présidents des deux partis, mais qui a toujours eu l'honnêteté de reconnaître ses erreurs », a déclaré Andrea Mitchell. Elle a également évoqué son mari comme « un géant » qui a marqué sa vie dès leur premier rendez-vous en 1984, ajoutant qu'il avait une « exubérance irrationnelle » pour le baseball, le tennis, le golf et la musique, en particulier le jazz.
Un parcours hors du commun
Né le 6 mars 1926 à New York, Alan Greenspan a d'abord été un musicien talentueux, étudiant la clarinette à la prestigieuse Juilliard School avant de jouer dans des orchestres avec le saxophoniste de jazz Stan Getz. Il se tourne ensuite vers l'économie, obtenant un diplôme à l'Université de New York. Devenu consultant économique, il fait ses premières armes en politique en conseillant Richard Nixon lors de la campagne présidentielle de 1968, avant de devenir chef du Conseil des conseillers économiques sous Gerald Ford.
Son influence intellectuelle est marquée par sa rencontre en 1952 avec la romancière et philosophe Ayn Rand, dont les idées libertariennes le marquent profondément. Dans un article de 1966, il qualifiait « l'État-providence » de mécanisme de confiscation des richesses par les gouvernements.
À la tête de la Fed
Nommé par Ronald Reagan en août 1987 à la présidence de la Fed, Greenspan est rapidement confronté à son premier défi : le krach boursier d'octobre 1987, quelques semaines seulement après sa prise de fonctions. Il gère ensuite avec succès d'autres crises, notamment la quasi-faillite des marchés asiatiques à la fin des années 1990 et les conséquences des attentats du 11 septembre 2001.
Sous sa direction, l'inflation reste maîtrisée et l'économie américaine connaît l'une des plus longues périodes de croissance de son histoire. Surnommé parfois le « dieu dans la machine » de la finance américaine, il refuse toute interview pendant son mandat, mais ses déclarations publiques, rares, sont scrutées par les marchés. Un écriteau dans son bureau indiquait : « the buck starts here » (l'argent commence ici).
Un héritage contesté
Si Greenspan est célébré de son vivant comme l'un des meilleurs banquiers centraux de l'histoire, sa réputation est ternie après la crise financière de 2008. Ses détracteurs lui reprochent de n'avoir pas su anticiper la bulle immobilière, en maintenant des taux d'intérêt trop bas, et d'avoir encouragé un libéralisme financier dérégulé, laissant les banques adopter des pratiques risquées.
Lui-même avait reconnu en 2008, devant une commission du Congrès, avoir « trouvé une faille » dans sa vision du monde, admettant que l'intérêt bien compris des acteurs économiques ne suffisait pas à protéger le système. Son nom reste associé à la fois à une période de prospérité sans précédent et aux excès qui ont conduit à la pire crise financière depuis la Grande Dépression.