Le mouvement de contestation contre le projet immobilier controversé dans le sud de l'Albanie ne faiblit pas. Le vendredi 19 juin, plusieurs milliers de personnes ont convergé vers la place Skanderbeg, au cœur de Tirana, pour le vingtième jour consécutif de rassemblement. À la date du mardi 23 juin, les manifestations avaient atteint leur 24e journée d'affilée, signe d'une opposition citoyenne déterminée et croissante.
Le projet en cause prévoit la construction d'un complexe touristique de luxe dans la zone du lagon de Vjosa-Narta, un espace naturel classé et protégé pour sa richesse écologique. Ce développement immobilier est directement lié à Ivanka Trump, fille de l'ancien président Donald Trump, et à son époux Jared Kushner. Les détracteurs du projet dénoncent un bétonnage dévastateur pour l'écosystème lagunaire, habitat de nombreuses espèces d'oiseaux migrateurs, ainsi qu'une atteinte à la souveraineté du pays.
Une mobilisation inédite par sa durée
Depuis le début du mouvement, des citoyens de toutes générations se relayent dans la capitale. Des associations environnementales, des étudiants, des artistes et des habitants de la région de Vlorë se sont joints aux rassemblements. Les organisateurs réclament l'annulation pure et simple du permis de construire et le retrait des investisseurs étrangers liés à l'administration Trump. Aucun signe d'essoufflement n'est observé, les manifestants promettant de maintenir la pression tant que leurs exigences ne seront pas satisfaites.
Un enjeu environnemental et politique
Le site de Vjosa-Narta est l'un des derniers écosystèmes lagunaires préservés des côtes albanaises. Les opposants au complexe hôtelier soulignent que sa réalisation entraînerait une artificialisation des sols et une pollution durable, en contradiction avec les engagements européens de l'Albanie en matière de protection de la biodiversité. Sur le plan politique, cette affaire suscite un vif débat sur l'influence des intérêts étrangers dans les décisions d'aménagement du territoire.
Les autorités albanaises n'ont pour l'heure pas annoncé de changement de cap, malgré l'ampleur de la contestation. Le gouvernement, qui a accordé les autorisations nécessaires au projet, justifie celui-ci par les retombées économiques attendues et la création d'emplois. Cette position est jugée intenable par les manifestants, qui estiment que le prix environnemental est trop élevé.
La persistance des rassemblements, qui ont dépassé les trois semaines sans interruption, témoigne d'une cristallisation du mécontentement. Alors que l'été s'installe, la mobilisation pourrait s'étendre à d'autres villes du pays, tandis que des pétitions en ligne recueillent des milliers de signatures supplémentaires chaque jour.