La contestation contre un projet immobilier de luxe dans le sud de l’Albanie a pris une nouvelle dimension ce week-end. Plusieurs centaines de manifestants se sont réunies dans le lagon protégé de Vjosa-Narta, une zone humide d’importance écologique majeure, pour dénoncer la construction d’un complexe hôtelier et balnéaire soutenu par Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump, et son épouse Ivanka Trump.
Le rassemblement, organisé par des collectifs citoyens et des associations environnementales, s’est déroulé dans un secteur classé parc naturel et protégé par la convention de Ramsar sur les zones humides. Les participants ont déployé des banderoles appelant à la sauvegarde du site, estimant que le projet menacerait un écosystème abritant des espèces rares d’oiseaux migrateurs et une biodiversité fragile.
Un investissement controversé
Porté par la société Atlantis, liée à Jared Kushner, le projet prévoit la construction de plusieurs hôtels de luxe, de résidences touristiques et d’infrastructures de loisirs sur une superficie de plusieurs centaines d’hectares le long de la côte ionienne. Le gouvernement albanais, dirigé par le Premier ministre Edi Rama, a accordé des autorisations et des avantages fiscaux pour ce développement, arguant qu’il créerait des emplois et stimulerait l’économie locale.
Les opposants dénoncent un « bradage » du littoral albanais et une opération immobilière opaque, conclue sans débat public ni étude d’impact environnemental indépendante. Ils soulignent que la zone de Vjosa-Narta, située à l’embouchure de la rivière Vjosa, l’un des derniers fleuves sauvages d’Europe, est également menacée par d’autres projets hydroélectriques et touristiques.
Une mobilisation qui s’amplifie
Cette manifestation dans le lagon fait suite à plusieurs rassemblements à Tirana, où des milliers de personnes avaient déjà défilé en juin sous le slogan « L’Albanie n’est pas à vendre ». Les contestataires dénoncent un manque de transparence dans les accords signés avec les investisseurs américains et craignent une atteinte irréversible aux paysages côtiers.
Des voix se sont également élevées au sein de l’Union européenne. Bruxelles a mis en garde les autorités albanaises contre les conséquences environnementales du projet, rappelant que la protection des sites naturels est une condition dans le cadre des négociations d’adhésion du pays à l’UE. Le gouvernement albanais a répondu en affirmant que le projet respecterait les normes environnementales et ferait l’objet d’un suivi rigoureux.
Des tensions politiques
Le projet divise également la classe politique albanaise. L’opposition, notamment le Parti démocrate, a critiqué la gestion du gouvernement et appelé à un moratoire sur les constructions dans les zones protégées. Certains élus locaux de la région de Vlorë, où se situe le lagon, ont exprimé leur soutien au projet, espérant des retombées économiques pour une zone frappée par le chômage.
Les manifestants, eux, restent déterminés. « Nous ne voulons pas que notre patrimoine naturel soit sacrifié sur l’autel du tourisme de luxe », a déclaré l’un des organisateurs, joint sur place. « Ce lagon est un poumon pour la région et un refuge pour des centaines d’espèces. Son urbanisation serait une catastrophe. »
Alors que la saison touristique bat son plein, la pression sur les autorités ne faiblit pas. La prochaine étape de la mobilisation est prévue dans les semaines à venir, avec une possible marche nationale vers le site du projet.