Un mouvement de contestation d'une ampleur inédite agite l'Albanie depuis près d'une semaine. Plusieurs centaines de personnes se sont réunies ce week-end dans la zone protégée du lagon de Vjosa Narta, sur la côte adriatique, pour dénoncer un vaste projet touristique évalué à environ 4 milliards d'euros. Chaque soir, des milliers de manifestants se rassemblent également dans la capitale Tirana, brandissant des drapeaux nationaux et des flamants roses gonflables, symbole de la « révolution des flamants roses ».
Un projet controversé
Ce complexe hôtelier de luxe est porté par le fonds d'investissement Affinity Partners, dont Jared Kushner, gendre et ancien haut conseiller du président américain Donald Trump, est une figure centrale. Son épouse Ivanka Trump a vanté ce « joyau de la mer Adriatique » dans un podcast. Le projet, dévoilé il y a deux ans, reste entouré de zones d'ombre, notamment sur les modalités d'acquisition des terrains. Selon des militants, les constructions pourraient se situer sur une lagune abritant de nombreux oiseaux migrateurs, une zone classée protégée.
Une mobilisation citoyenne et écologiste
Les associations de défense de l'environnement, à l'image de l'organisation albanaise PPNEA, sont à l'origine des appels au rassemblement. « Toute cette étendue marine est une zone protégée. La détruire serait fatal pour la biodiversité », a affirmé Emiljona Puja, employée dans la finance et participante à la protestation. Les manifestants dénoncent à la fois les conséquences écologiques et le manque de transparence autour de ce mégaprojet.
Tensions politiques
L'opposition albanaise voit dans ce dossier un symbole des dérives du gouvernement d'Edi Rama, au pouvoir depuis 2013. Une militante de PPNEA a souligné que le problème « ne concerne pas seulement la transparence de ce processus, mais aussi le fait que tout cela s'est déroulé au mépris total de l'importance environnementale de cette zone ».
Le Premier ministre, Edi Rama, a réagi en accusant les organisateurs de mener « une guerre hybride guidée depuis l'étranger ». Il a toutefois assuré vendredi qu'« il n'y a pas de raison de s'inquiéter », le projet n'ayant pas encore été officiellement approuvé. Il a ajouté que « les meilleurs experts » étaient « mobilisés » et qu'il s'agissait de « créer quelque chose d'unique ».
Un précédent mouvement
Fin mai, des incidents avaient déjà éclaté près de Vjosa Narta lors d'une première mobilisation contre des travaux préparatoires et l'installation de barbelés délimitant la zone. Les contestataires exigent désormais l'annulation pure et simple du programme.